UNE REORGANISATION INSPIRANTE

Le déclenchement de l'opération russe en Ukraine en février 2022 a profondément modifié le paysage stratégique européen. Pour l'Allemagne, une des conséquences de changement réside dans le déplacement de la frontière orientale de l'OTAN de plusieurs milliers de kilomètres vers l'est et avec elle l'apparition de nouveaux théâtres d'opérations essentiellement situés dans la région des pays baltes. Pour répondre à ce nouveau paradigme, l'armée allemande jusque là peu familière avec la projection de forces importantes loin du territoire national a décidé d'articuler ses forces autour d'un triptyque lui permettant de répondre à ces nouvelles contraintes. Ce mouvement d'ampleur s'accompagne d'une remontée en puissance d'une armée allemande en panne de déploiements et d'expérience opérationnelle avérée, à la différence de notre armée de terre. Forte de ses acquis, cette dernière doit maintenant réellement prendre le virage de la haute intensité en (re)construisant une véritable composante blindée mécanisée. 

Le premier groupe de forces est composé d'unités légères, aptes à une projection d'urgence pouvant être déployées rapidement, notamment par voie aérienne. On retrouve dans ce premier ensemble des unités d'infanterie parachutistes, de reconnaissance ou encore des troupes de montagne. 

A l'autre bout du spectre, l'armée allemande dispose d'une véritable composante blindée mécanisée équipée de chars Leopard 2 et de VCI (Véhicule de Combat d'Infanterie) Puma. Ces moyens confèrent à cette composante une forte puissance de feu ainsi qu'une protection renforcée et une mobilité tactique adaptée aux conditions des zones d'engagement potentiel. Ces qualités ne masquent pas les délais nécessaires à la mise en place de ces unités sur un théâtre d'opération à plusieurs centaines de kilomètres de leurs bases. Dans le domaine de l'artillerie, cette composante blindée mécanisée équipée de PzH 2000 pourrait également recevoir la version chenillée du RCH 155, les unités de Génie disposent déjà de moyens blindés dont le KODIAK, le BUFFEL ou encore le LEGUAN poseur de pont.  

Vue d'ensemble de l'évolution de la Bundeswehr entre 2025 et 2032.  

Consciente du fossé capacitaire séparant les deux ensembles évoqués ci-dessus, l'armée allemande souhaite disposer de forces intermédiaires capables d'engager un combat plus dense que celui des forces d'intervention et d'attendre l'engagement de la composante blindée mécanisée, si celui-ci s'avère nécessaire. L'équipement de ces forces intermédiaires devrait faire la part belle au Boxer décliné en version VCI, reconnaissance avec le Chacal et le RCH 155. I

Les priorités d'achat de la Bundeswehr pour l'équipement de ses composantes

A la différence de la France, l'Allemagne comme l'Italie souhaitent disposer d'une véritable composante intermédiaire mais surtout d'une composante blindée mécanisée crédible. Avec le binôme Leopard 2 / Puma en Allemagne et KF 51 / A2CS Lynx en Italie, les deux ensembles sont dimensionnés pour un engagement de haute intensité sur tous les théâtres. Les brigades médianes italiennes étant en cours d'équipement avec le Centauro II et le Freccia L'Espagne devrait également rejoindre cet ensemble avec la modernisation du Pizarro avant son remplacement, le déploiement (certes difficile) du VCR Dragon et l'évolution des Leopard 2E. Si l'Allemagne peut revendiquer une certaine proximité de la menace pour entretenir une composante lourde, comment expliquer les choix italiens et espagnols dans ce domaine, ces deux pays n'étant pas en contact direct avec une potentielle menace venant de l'est.  

KF 51 / A2CS Lynx

La question du remplacement / de la succession du Leclerc ne doit pas faire oublier que nous sommes aujourd'hui dépourvus d'une véritable infanterie mécanisée capable de combattre dans les environnements les plus dégradés aux côtés des chars, qui sans cette infanterie ne sont rien ! Après plusieurs décennies de projection et d'intervention sur l'autel desquelles les capacités "classiques" ont été sacrifiées, il est temps de remettre ces dernières sur le devant de la scène et ce, sans sacrifier aucune des composantes existantes. Cet effort technique, financier doit s'accompagner d'un indispensable aggiornamento culturel et doctrinal pour permettre de prendre ce virage. La prise en compte de la menace représentée par les drones et autres munitions rôdeuses ne doit pas se traduire uniquement par des commandes de systèmes offensifs, il s'agit également de (re)penser à la protection de nos fantassins et cavaliers en adoptant des engins mobiles, puissants et protégés !

Commentaires

  1. Les CEMAT successifs parlent de CHI à l'Est, mais dans leur tête ils sont encore sous le soleil d'Afrique, où s'est déroulée la plus belle partie de leurs carrières. Comment voulz-vous évoluer ainsi ?

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    1. Le commentaire de 19:14, me rappelle la situation de la France en 1870. A Sedan, l'appel du désert n'a pas servi à grand chose.

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  2. Le problème, c'est que la plupart des chefs viennent des paras/alpins/Légion/TDM et presque toujours infanterie ou ABC. Quel chef défendrait une arme dont il ignore tout ? Et ne parlons pas, par politesse, des appuis ou du soutien.

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  3. Un modèle idéal ?:
    - Une force d’engagement d’urgence constituée des forces spéciales de l’AT ;
    - Une force de projection rapide, privilégiant la mobilité opérative et la cohérence sur le couple puissance-protection ;
    - Une force de décision ou de renforcement, plus puissante mais moins mobile au niveau opératif ;
    - Des forces de soutien, adaptées à la stratification précédente.

    Mobilité opérative Couple puissance- protection Durabilité
    Force d'engagement d'urgence maximale faible faible
    Force de projection rapide forte moyenne moyenne
    Force de décision ou de renforcement faible forte forte

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  4. a ce jour les chars français sont utilisés comme pions antichars , la notion de rupture de lignes ennemis ne semble pas être dans l'ADN de notre armée.
    nos offiers parlent de manœuvres.
    il est intéressant de voir que toutes les armées arrivent au même schémas que la France des forces légères : para montagne, des forces moyennes sur roues et les lourds avec les chars.
    penandreff

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  5. " l'armée allemande jusque là peu familière avec la projection de forces importantes loin du territoire national"
    Ils ont quand même envoyé 5 000 hommes en Afghanistan, et des moyens lourds allant jusqu'au PZH2000 de 60 tonnes. Sans aller jusqu'au déploiement de chars lourds Léopard2 (Comme les canadiens, notamment.).
    (Bon évidemment c'est pas l'Afrique subsaharienne...)

    Un sacré réarmement, de fond (Sans atteindre encore les effectifs de la guerre froide cependant, mais très très conséquent. Au moins il y en a qui prennent vraiment la mesure du changement de donne géostratégique total ; autrement qu'avec seulement de grands discours.) :

    Des blindés multipliés par trois en nombre et très probablement en modernisation, passant de 1 000 (Probablement chars + VCI.) à 3 000.
    Multipliés par trois.

    Une artillerie (Qui était particulièrement à l'os par contre ; un peu comme chez nous.), quasiment décuplée, passant des quelques seulement 150 PZH2000 à 1 500 pièces d'artillerie majeures, PZH2000 supplémentaires, mais aussi RCH155 et sans doute nouveaux systèmes de lanceurs de roquettes multiples, et probablement missiles balistiques tactiques à terme.
    Multipliée par 9. !!

    Des effectifs opérationnels également multipliés par deux fois et demi ; probablement avec la mise en place d'un système de réserve par volontariat apparemment. Passant de 61 000 opérationnels à 151 000.
    Et de 65 à 150 bataillons de combat réserve (Vraie réserve, armée et formée...) comprise.
    Multipliés par 2,5.

    Une logistique (Le très gros point noir de ces dernières décennies, des dividendes de la paix, avec le MCO et la disponibilité.) cette fois plus que décuplée même passant 5 500 vecteurs (?) à 60 000. Evidemment, rien ne commence, ne ce poursuit, ni se termine sans logistique, munitions et "tout ça"... (C'est bien beau d'avoir des équipements flambants neufs, encore faut-il avoir es munitions et de quoi les faire fonctionner... Aussi.)
    Multiplié par 10...

    Et tout cela, en seulement dix ans !!!!!

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  6. Concrètement : je ne comprends pas en quoi le modèle allemand est original avec les trois groupes de forces. Le modèle allemand s'inspire du modèle français. Le défaut du modèle français est la faiblesse des brigades blindées. Reste encore à voir si l'armée allemande aura les personnels en quantité suffisante pour servir les équipements. Rien ne prouve que la cohérence existe.

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    1. Ils semble qu'ils mettent en place une réserve formée, sur six mois par exemple, et équipée, comme le modèle de la garde nationale américaine, à raison de 10 000 volontaires par an s'engageant à être disponibles sur une dizaine d'années et vous avez 100 000 hommes formés et équipés (Il faut surtout avoir l'équipement avant tout. comme els polonais sans doute aussi. Entre armée professionnalisée et armée de conscription : L'armée professionnelle avec réserves de volontaires formés.).

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    2. "Le défaut du modèle français est la faiblesse des brigades blindées." Si ce n'était que cela.

      Le modèle français a deux brigades "médianes" avec une puissance de feu anémique où l'infanterie est intégralement montée sur VTT Griffon à la mobilité atroce en TT et dont les éléments d'appui/de décision sont les EBRC JAGUAR. L'artillerie de ces brigades est aussi anémique avec un unique régiment d’artillerie à...32 pièces. La reconnaissance et la masque sont assurés par la pléthores de VBL ultima. Bref ces brigades n'ont de médian que le nom.

      Passons aux deux brigades "lourdes" dont l'infanterie est montée sur VBCI à roue pour accompagner des chars d'assaut LECLERC. Le VBCI, en étant un excellent engin, n'a pas sa place dans ce type de brigade. Il a certes une excellente mobilité mais qui reste insuffisante dans un environnement extrêmement dégradé. De plus, son armement commence à être dépassé avec un canon de 25mm et pas d'ATGM. Bref c'est un blindé médian qui a sa place dans une brigade médiane. Sachant qu'il s'agit de brigade de décision la faiblesse de l'artillerie y est encore plus grave avec également une trentaine de pièces.

      Pour finir, les deux brigades "légères" qui ont les même caractéristiques que les deux brigades "médiane" mais dont l'infanterie est monté sur VTT SERVAL ou Grizzly/fardier pour certains sections.

      Bref, le modèle français dans son ensemble est incohérent, brouillon et dépassé.

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    3. Artillerie remarquablement insuffisante, defense AA de proximité et LAD quasi absentes. Nombre de chars Leclerc opérationnels ridicule , l'absence de VCI lourds ..,

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    4. Très probablement vrai d'autant que je n'ai aucun chiffre. Mais, cependant et dit autrement, tant que tout le mécanisé n'aura pas d'armure légère & volubile & compatible maintenance & ajustable à tous les diamètres de canons pour qu'ils continuent à être à leur aise, la DÉCOTE de tous les segments mécanisés est telle, que ce manque n'est pas vraiment, encore, criant, car très relativisé par l'avènement des drones FPVs (redite, mais ça ne me dérange pas). Vu sur LCI (gros impact LCI sur les esprits, pas juste un "drones! drones! drones! drones! " les méprisant ici n'ayant attiré que moi, explicitement j'entends) qui diffusait un reportage sur l'avenir de l'AdT avec la mixture des communicants du moment, dirais-je: les R&D vont vers des constructeurs de petits droïdes chenillés en citant Milrem Robotics. Expliquant ainsi qu'un droïde chenillé Milrem polyvalent (juste une plate-forme robotisée à aménager) a une faible signature thermique et sonore (donc, assurément moins sujet à être immédiatement identifié par les drones) et surtout coute 40 fois moins cher qu'un Leopard dernière génération. Bref, ce n'est pas du côté des droïdes qu'une armure légère & volubile & etc viendra pour émuler celle d'un "tortue, certes, mais cependnat tsar barbecue en temps de cuisson créé". > s.o.

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    5. Et puis aussi: l'évacuation va factuellement se fait de plus en plus avec de gros drones version SAN(itarisée et validée pour l'opé. cernée, donc). Dit autrement: "et encore un véhicule terrestre dont la spécialisation devient foireuse au moment de trancher quoi utiliser", dirais-je. On se demande pourquoi? Et aussi: z'avez vu? Renault y croit aux drones, eux, puisqu'ils étudient maintenant _officiellement_, l'industrialisation des premiers modèles aboutis (de Turgis & Gaillard, pour commencer). Amho & > s.o & :)

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    6. (Mince, je manque à tous mes devoirs:) "Chars! Chars! Chars! " > s.o. ^^

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  7. Oui oui, on verra cela dans 8 ans...

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