LE CHAR ET LE TIR DIRECT SONT DE RETOUR

Des images en provenance d'Ukraine publiées ces derniers jours, montrent des actions menées avec des chars, semblent indiquer que celui-ci est de retour sur le champ de bataille, sur lequel il mène des actions directes combinant feux et manoeuvre. Ce retour met en avant les capacités de tir direct des engins contre des objectifs blindés et des fortifications mais aussi la maitrise du ciel par les forces armées ukrainiennes. Si le char constitue bien l'outil de rupture ou de décision, les images montrent que celle-ci ne peut être réalisée qu'avec l'appui d'effecteurs de lutte anti drone capables d'accompagner les engins au cours de leur action. Dans ces conditions, la constitution d'une composante multi-couches de lutte antidrones s'impose comme une priorité, voir une condition essentielle à la réussite de la manoeuvre envisagée. Les effecteurs doivent être dotés des mêmes capacités de mobilité que les engins de rupture pour être capable d'accompagner les engins blindés. Une telle mission pourrait aisément être confiée à une plateforme multimissions développée à partir d'un châssis partagé avec d'autres engins comme ceux du Génie, de l'Artillerie, de l'Infanterie mécanisée et bien sur de la Cavalerie Blindée. Concernant cette dernière, il serait bon d'accélérer l'adoption de munitions polyvalentes, à l'instar de la M1147 dont l'armée américaine vient de commander plusieurs milliers d'exemplaires. Le contrat dont le montant voisine les 885 millions de dollars vise à remplacer au sein de l'inventaire américain les munitions M830 HEAT-MP-T (High Explosive Anti Tank-Multi Purpose-Tracer), M830A1 MPAT (Multi Purpose Anti Tank), M908 explosive destinée à la destruction de positions fortifiées et la munition canister M 1028. 


Sur le plan tactique, à côté de l'effet majeur, du moment clé et du lieu clé, le raisonnement des états-major doit désormais prendre en compte la mise en place d'une véritable "zone blanche" vidée du maximum de drones adverses dans laquelle doit avoir lieu la rupture envisagée. Il est évident qu'en ces temps de "transparence du champ de bataille" la préparation de l'action et le regroupement des forces devra être le plus rapide et le plus bref possible, tout comme leur éclatement à la suite de l'action décisive, dans laquelle le mouvement sera une des clés du succès. La mise en place d'actions de déception, diversion visant à masquer les intentions réelles du chef interarmes est également essentielle à la réussite de l'action envisagée. C'est dans ces conditions que des engins blindés dotés de moyens (passifs et actifs) d'autoprotection pourront réaliser avec le maximum de chances de succès les missions de rupture ou d'exploitation, pour lesquelles les chars sont conçus. Le char n'est pas mort, mais les conditions de sa mise en oeuvre ont changé, le ciel qui nous était acquis depuis le début des années 1990 doit être considéré comme un nouveau compartiment de terrain dans lequel de nouvelles menaces sont apparues. Ce compartiment de terrain doit désormais être pris en compte dans le développement des futurs engins et dans les raisonnements tactiques.

Commentaires