HUNTER ET AJAX, UN MEME CHASSIS MAIS DEUX DESTINS !

GDELS (General Dynamics European Land Systems) a livré cette semaine à la Lettonie le premier des 84 Ascod II Hunter, commandés par le biais de deux contrats respectivement signés en janvier et juin dernier. Cet engin est équipé la tourelle UT30 (Unmanned Turret) MkII, produite par Elbit Systems et qui devrait être installée sur les 42 derniers engins, objets du second contrat. Les premiers devraient quant à eux, recevoir la version habitée MT (Manned Turret) MkII. Cette première livraison des Hunter à l'armée lettonne donne matière à réflexion dans plusieurs domaines et ne concernant pas seulement le contrat letton.   

En premier lieu, la livraison de ce premier engin moins d'un an après la formalisation de la première commande met en exergue la rapidité d'exécution de ce contrat. Cette situation commune à plusieurs matériels commandés par différents pays démontre que dans la majorité des cas, un achat sur étagère correctement négocié auprès de l'industriel concerné peut apporter une réponse rapide à une lacune capacitaire existante. En outre les choix lettons démontrent qu'au lieu de se lancer dans d'interminables débats entre tourelle téléopérée vs tourelle habitée, une solution peut être trouvée en accord avec l'emploi de l'engin considéré. Ainsi, la plupart des déclinaisons "reco" des véhicules choisis sont dotés de tourelles téléopérées tandis que les versions VCI reçoivent plus souvent une tourelle habitée, de facture et de conception identique. La plupart des fabricants de tourelles ont d'ailleurs déjà intégré cette offre à leur catalogue, à l'instar d'Elbit Systems, de Rafael ou plus prés de nous John Cockerill Defense.

Le premier Hunter letton avec la tourelle UT30 Mk2

Au-delà de ces deux réflexions d'ordre général, la livraison à la Lettonie interroge grandement sur le choix britannique au moment où l'Ajax basé sur le même châssis se retrouve une nouvelle fois sur la sellette. L'absence de dysfonctionnements sur les différents engins utilisant le châssis GDELS confirme la réelle  inadaptation du châssis de GDELS aux contraintes imposées par l'armée britannique. Ces dernières qui se sont traduites par l'intégration de nombreux équipements et modifications ont entrainé une augmentation importante de la masse supportée par le châssis. Celui-ci se retrouve en limite d'utilisation provoque l'apparition des phénomènes vibratoires et acoustiques, causes des malaises subis par les équipages. Il serait donc fort opportun que les services britanniques concernés envisagent rapidement des solutions efficaces et pérennes pour répondre aux problèmes rencontrés par le blindé britannique quelques jours après son IOC (Initial Operational Capability) prononcée à grand renfort de communication des autorités civiles et militaires britanniques. 

IOC de l'Ajax 

Parmi les solutions envisageables, le retrait de certains des équipements embarqués qui permettrait "d'alléger" la tourelle reste difficilement acceptable, pour les militaires britanniques car elle serait synonyme d'une diminution plus ou moins importante des capacités opérationnelles initiales de l'engin. C'est donc vers une modification de certains composants du châssis qu'il serait possible de se tourner pour remédier aux problèmes rencontrés. Dans ce domaine les options envisageables resteraient cependant limitées à une modification du train de roulement, à l'origine des phénomènes vibratoires et acoustiques mais aussi seul composant susceptible d'être modifié sans que cela n'entraine une reconstruction partielle ou totale du châssis. La première modification à apporter à l'Ajax actuel pourrait être l'adoption de chenilles composites, ou CRT (Composite Rubber Tracks) dont Blablachars a déjà évoqué les avantages, parmi lesquels une réduction de 70% des phénomènes vibratoires, une baisse du niveau acoustique de 13,5 dB et une diminution de 50% du poids d'une chenille. La seconde piste d'amélioration serait une modification des suspensions actuellement constituées de barres de torsion standard combinées à des amortisseurs hydrauliques. Ce système pourrait être remplacé par des suspensions de type Horstman utilisant des amortisseurs hydro-pneumatiques InArm®. Ce système fut développé dans les années 1990 pour le programme britannique FSCS (Future Scout Cavalry System) et le projet américaine FCS (Future Combat System). Outre la suppression des barres de torsion, ce système permettrait de limiter l'intrusion des éléments d'amortissement dans le châssis et  de réduire le poids global de l'engin. 

Un beau bébé !

Les nouvelles difficultés de l'Ajax dont l’occurrence et la nature ne peuvent qu'inquiéter les services britanniques concernés par le développement de l'Ajax. Intervenant quelques jours après l'arrivée officielle des premiers engins et une importante communication autour de son IOC (Initial Operational Capability) ces nouvelles difficultés appellent désormais une réaction rapide et efficace des acteurs concernés. Il s'agit maintenant de trouver des correctifs pérennes et viables qui puissent être appliquées aux futurs engins et qui permettent d'apporter une solution aux troubles subis par les équipages. Ne pas le faire reviendrait à prendre le risque de priver définitivement les militaires britanniques d'un engin qu'ils attendent depuis (trop) longtemps !  

Commentaires

  1. l' origine des vibrations n'a pas été dévoilé ce jour?
    le moteur et la boite de transmission sont ils les mèmes entre le hunter et l'ajax?
    il peut y avoir des fréquences harmoniques entre ces équipements qui oblige de changer des parties: ratio dans les boites etc
    nos armées (toutes) ont le même problème au lieu d'aller voir les fournisseurs avec un besoin qui peut être trouver à 90% sur étagère ils demandent des produits qui n'existent pas et qui doit être développés avec souvent comme résultats des produits bâtards impossible à entretenir sur le long terme
    penandreff

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  2. La manie de faire modifier des plate-formes qui ont fait leurs preuves, et d'aboutir ainsi à des impasses, ainsi qu'à des frais et à des délais démesurés, est un phénomène qui a été observé dans plusieurs armées. Souvent avec beaucoup de déconvenues à la clé. On a même vu, à une époque, une armée occidentale faire transformer un célèbre type de jeep 4 x 4 , en 4 x 2. Pour qu'il coûte moins cher à l'achat...Cette formule imaginée par des gratte-papiers fut évidemment désastreuse pour les utilisateurs de terrain...

    Les adaptations peuvent donc concerner les moyens terrestres mais parfois aussi des navires. C'est précisément le cas pour le moment avec les frégates américaines de classe constellation. Basée initialement sur la FREMM franco-ilalienne, mais finalement tellement modifiée selon les normes et les sous-ensembles locaux (US), qu'ils ont aboutis à obtenir un boulet dont les hautes autorités viennent de décider l'abandon.

    J'espère qu'il n'en sera évidemment pas de même concernant les blindés de la famille AJAX. La solution la plus rapide et la plus rationelle qui doit être essayée pour tenter de corriger la situation, c'est évidemment l'adoption de chenilles composites. Je pensais que c'était déjà le cas, en fait.

    Cette affaire a quand même un côté assez étrange. Tous les sous-ensembles devraient être passés au crible pour voir s'ils ont été réalisés selon les cahiers de charge. C'est peut-être un peu parano d'envisager cela, mais on a déjà vu, dans le passé, des cas de discrets sabotages industriel commis par ou à la demande d'entités hostiles.

    Cela s'est vu même dans l'aviation, dans les années 60'. Avec les avions F-104 G fabriqués sous licence US en Allemagne (ainsi que dans d'autres pays, qui n'ont pas eû les même problèmes) . Ce chasseur était surnommé le faiseur de veuves...Ce n'est que bien des années plus tard qu'on s'est aperçu que leur fabrication avait été habilement sabotée...Inutile de préciser quelles étaient ceux qui avaient orchestrés la chose... Durant l'occupation allemande en Europe occidentale, il y avait aussi des sabotages discrets dans les usines réquisitionnées et fabriquant des matériels de guerre. Ce genre de choses est donc possible à notre époque également.

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    1. Le fait que le RU demandera toujours plus de modification que la Lettonie est une evidence.

      C'est juste deux mondes différends avec des besoins diamétralement différents.

      Le RU veut garder une capacité a horizon 50ans et les Lettons 5ans...

      Quand on est dans la situation 1, on argumente et on est intransigeant sur tout. Dans la 2, on prends ce qu'il y a.

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  3. "Ainsi, la plupart des déclinaisons "reco" des véhicules choisis sont dotés de tourelles téléopérées tandis que les versions VCI reçoivent plus souvent une tourelle habitée, de facture et de conception identique."
    Perso j'aurais plutôt fait l'inverse, un système de tir réactif "habité" étant plus essentiel pour un engin de reconnaissance (A ne pas confondre avec d'éclairage.) destiné au combat direct avec ses armements, alors que ce n'est qu'un système d'appui rapproché sur un VCI, où la place à réserver au groupe de combat d'infanterie est plutôt la donnée première, à préserver. (Sinon on fait un véhicule de cavalerie justement.) : ?!

    Une recherche d'équipements plus immédiatement et plus simplement et directement employable dans le cas letton est peut être tout simplement la réponse à cette différence de traitement des demandes, et des besoins opérationnels... Avec au final, deux solutions, la simple et la très sophistiquée, assez, très même, nettement moins cher, pour la première !! Une fonctionnant, l'autre...
    (Avec canon de 30 x 173 mm par exemple, parmi d'autres : Simple, normal, courant...)

    Ce qui est encore plus notablement curieux, et même carrément étrange et bizarre, c'est que pour la même société à la base, on a deux approches différentes ; en fonction du "client", et ses capacités monétaires surtout sans doute.

    Peut être aussi que c'est ce qui se passe assez naturellement pour toute armée (Pertes de savoir faire... Avis à bons entendeurs... ?? !!!) quand on laisse passer trop d'années sans produire de blindés d'un certain type, aussi (Le Warrior date du début des années 80. Il y a plus de quarante ans...)

    "l'inadaptation du châssis de GDELS aux contraintes imposées par l'armée britannique. Ces dernières qui se sont traduites par l'intégration de nombreux équipements et modifications ont entrainé... etcetera etcetera"
    On croirait presque un matériel européiste !! ... Délais et couts, et sursophistications, "du futur"...
    ("L'armée du futur" comme diraient certains ; dans ses garages pour raison d'explosion de ses couts de MCO et d'inadaptation de ses matériels...)

    Et à la fin ce sont les militaires, britanniques en l'occurrence, qui payant, le prix fort avec des réductions de capacités, utiles celle là... Et sans doute le prix du sang in fine, avec des équipements inadaptés, voire en étant carrément sous équipés, un comble, malgré leur prix, et leurs couts (En MCO notamment...).

    Pourquoi faire simple, quand on eut faire compliqué... Encore.

    Par contre le châssis de Ascod II semble promis à un beau début de carrière lui.

    Bref tout va très bien aussi de l'autre coté de la Manche !!!...

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