La nouvelle étude relative à l'efficacité des drones sur les engins de combat menée au sein de l'Académie des Forces terrestres de Pologne permet d'évaluer de façon précise l'influence de ces nouveaux engins sur le champ de bataille. Apparus lors du conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan en 2021, les drones ont vu leur emploi se généraliser depuis le début du conflit ukrainien. Cette généralisation s'est accompagnée d'une évolution technologique qui a donné naissance aux drones FPV (First Person View) et à des engins dotés de capacités de guidage terminal grâce à l'emploi de la fibre optique. Annoncés comme les liquidateurs ultimes du char de bataille, ces engins le plus souvent rudimentaires offrent à leur utilisateur les performances de munitions plus élaborées et plus chères.
L'étude polonaise réalisée en simulation a mis en évidence plusieurs points dans le domaine de la vulnérabilité des chars, particulièrement le K2PL. On apprend qu'une moyenne de 38 drones suicides seraient nécessaires pour obtenir la destruction complète d'un K2PL. L'attaque simulée d'un peloton de chars K2PL équipés de dispositifs de brouillage et du système de protection KAZ d'origine russe, à l'aide de 10 drones FPV a permis aux outils de simulation de créer un grand nombre d'itérations et de simuler 1000 confrontations. Ainsi sur les 4000 chars attaqués par 10000 drones suicide armés d'une roquette antichar PG-87, 87 chars ont été endommagés et 264 ont été détruits, soit 6,6% du total. Les calculs effectués à la suite de cette simulation font apparaitre une estimation de la survie des chars de 3.65/4. Cette simulation a mis en évidence le rôle capital joué par le dispositif de brouillage, qui aurait neutralisé 49% des engins utilisés, soit 4900 drones sur les 10000 simulés. Une autre itération a montré que 1718 drone avaient déjoué le système de protection KAZ et que seulement 789 avaient été gênés par ce dispositif, réussissant néanmoins à détruire 26% des chars.

K2 PL dans sa dernière déclinaison ( Hyundai Rotem)
Ces résultats plutôt encourageants sont cependant plus mesurés avec l'utilisation de drones FPV à fibre optique, qui a entrainé une chute conséquente de la survie de chars, passant de 3.65/4 à 2.65/4, avec 16.9% des impacts entrainant la destruction des chars. Ces simulations ont également mis en relief la saturation du système de protection KAZ face à ces engins, constatation qui constitue une des grandes faiblesses des systèmes de protection. Un autre facteur déterminant est apparu au cours de ces attaques simulées est celui de la nature de la charge emportée par le drone. Le remplacement de la charge PG-7 par une roquette de type PG-7VR dotée d'une charge tandem capable de percer les blindages de type ERA a fait chuter la survie du peloton à 1.55/4, chiffre le plus bas de toutes les simulations. Ce dernier point souligne l'importance de la protection mécanique des engins pour les rendre plus résistants à ce type d'attaque, plus difficile à déjouer avec des systèmes de protection électronique.



avoir des chiffres permet d'avoir les idées plus claires merci blablachars, mais il y a un hic les drones de la dernière génération sont très difficilement brouillables en effet , une fois verrouillés sur la cible les brouilleurs non plus défaits , les russes équipes leurs troupes avec des MP 155 de chez Baikal (fusils de chasses semi auto).
RépondreSupprimerle fond du problème ne change pas un blindé un véhicule un char qui coûte très chère peut être abimé détruit par un drone pas chère.
penandreff
Etude passionnante, merci Blablachar (encore).
RépondreSupprimerIl me semblait que l'APS KAZ était russe, je suis surpris que les polonais aient pu le tester.
J'aimerais croire que la France essaye de faire les mêmes tests et de développer de nouvelles tactiques et de nouvelles armes dont drones. D'autant que la destruction explosive peut être relativement facilement simulée avec de la peinture, et le char simulé par un véhicule à roues avec brouilleurs voire une RWS légère (mitrailleurs 7,62/cal50, grenades 40mm). Par ailleurs, il me semble que l'objectif principal ce n'est pas de détruire "complètement" le char, mais de le neutraliser - ie. de rendre sa mission impossible.
Enfin une des problématiques du drone FPV 1ère génération c'est qu'il faut un opérateur par drone. Et si on veut une attaque saturante, cela fait donc beaucoup plus d'opérateur que de chars. Il faut avoir le temps de les rameuter.
Un opérateur par drone, c'est tellement 2025...
SupprimerEh oui un opérateur par drone (Sinon c'est plus vraiment un drone à proprement parlé.), et pendant ce temps là, les polonais, entre autres, s'équipent et se rééquipent même de chars, VCI, etcetera, et de systèmes anti drones... !
Supprimer(Comme les turcs par exemple, grands initiateurs de l'utilisation nouvelle des drones, dont on parlait récemment ; et autres allemands, américains, etcetera, etcetera. (Où la stratégie du train, déjà plus en gare, ou de la guerre de retard, érigée en grand art, dans certains pays particulièrement dé-connectés du coup !!))
Merci pour la communication de cette étude, très intéressante.
RépondreSupprimerLes résultats, basés sur une photographie à l'instant T des capacités des drones utilisés en Ukraine, doivent cependant être nuancés. Comme le montre l'étude, l'efficacité des drones utilisés augmente avec l'efficacité du mode de guidage (fibre optique), et de la charge (charge creuse en tandem). Or, sans remettre en question la qualité de l'étude, il faut rappeler qu'il s'agit là de simples "bricolages", russes et ukrainiens utilisant ce qu'ils ont sous la main ou ce qu'ils peuvent rapidement adapter. Au risque de dévoiler un scoop, les drones que nous devrons affronter demain auront été spécifiquement conçus pour cet usage : il n'y aura plus de système de guidage à brouiller, car ils seront autonomes et guidés par leur propre IA embarquée, ils adopteront ou simuleront des trajectoires d'attaque visant précisément à mettre en défaut les APS équipant les blindés, et seront éventuellement capables de coordonner leurs attaques à plusieurs, y compris en essaims, afin de maximiser les chances de succès (simultanément sur 360 °, ou en attaquant volontairement "en file indienne" sur la même trajectoire, pour vider les munitions de l'APS sur ce secteur). Bien entendu, leur charge militaire sera adaptée pour percer même les blindés les plus modernes.
Histoire d'équilibrer les chances, les blindés seront progressivement dotés de moyens de défense appropriés. La généralisation des APS sera nécessaire pour contrer les attaques les plus véloces, y compris par le toit (missiles, roquettes...), mais la lutte contre les drones, plus lents, devrait également changer de paradigme. Exit les brouilleurs inutiles : la meilleure arme contre le drone FPV... c'est le drone FPV ! Le blindé du futur emportera donc son propre essaim de drones d'autodéfense, qui sera lancé à la moindre alerte pour intercepter automatiquement tout drone hostile, y compris en essaim (celui qui gagnera sera alors probablement celui qui aura le plus gros essaim...). Pour assurer une permanence H24 si besoin, les drones intercepteurs se relaieront automatiquement à tour de rôle pour recharger leur batterie dans leur "ruche", située dans un caisson sur le toit, ou si possible intégrée en interne dès la conception du véhicule. Un stock de drones complémentaires, pour pallier à l'attrition, fera partie de la dotation du bord, au même titre que l'emport d'obus. On notera par ailleurs qu'au delà de sa fonction principale d'autodéfense antidrones, cet essaim embarqué de drones d'autodéfense présentera des fonctionnalités secondaires plutôt sympathiques et utiles pour l'équipage du blindé, qui pourra par exemple utiliser un ou plusieurs de ces drones pour des fonctions de surveillance/reconnaissance à plusieurs km du véhicule, et qui pourra si besoin expédier un drone sur une cible d'opportunité au sol, ou sur une possible mine ou IED repéré sur le trajet.
Un véhicule équipé d'un tel dispositif d'autodéfense antidrones pourra par ailleurs constituer une "bulle de protection", en étant capable de défendre des véhicules non équipées ou des troupes situées à proximité immédiate.
Il y a d'autres pistes que les drones pour la protection des blindés :
Supprimerhttps://x.com/FelixGARCIA794/status/1989462603064848829
Désolé, mais la seule valeur a retenir est 1.55/4. Car le brouillage n'est plus utilisable face à la fibre optique et il est illusoire d'imaginer que l'adversaire n'utilisera pas des têtes de PG7 avec charge Tandem si c'est ce qui permet de passer les tuiles ERA du toit.
RépondreSupprimerNotons que cette étude est déjà en deça de la réalité : seulement 10 FPV alors qu'on s'attend à des attaques saturantes en essaim et de surcroît géré par IA.
Parfaitement d'accord !
SupprimerLa vérité d'aujourd'hui n'est pas celle de demain.
L'IA va rebattre les cartes. Un essaim autonome sur IA aura à minima autant d'efficacité que le même sur fibre mais avec 1 seul "opérateur" pour 10 ou 20 drones. Le drone reste une munition "game changer" qui rebat les carte de l'engagement tactique.
Ses actuelles limites, surtout morales (qui ne résistent jamais bien longtemps en temps de guerre), est sur le drone antipersonnel où la différentiation ami/ennemi/civil est encore hasardeuse et aisément trompable (je m'habille en civil et je suis algorithmiquement un civil). Mais sur véhicule pas de soucis en défensif.
Le char garde sa place dans l'exploitation je pense, quand la 1ère ligne est ouverte par l'infanterie et dépassée.
Votre "game changer" est en train de se transformer très rapidement en "game over" (La seule différence est peut être à la vitesse où cela se fait !), et on retournera à ces utilisations habituelles (Observation, désignation de cible, tout simplement.).
SupprimerJe ne pense pas que l'avenir soit à la fibre optique - d'ailleurs compliqué voire impossible à faire voler en essaim. En revanche on déjà des drones autonome en phase terminale avec l'IA. Et un escadron de chars dont seuls 1,55/4 survivent ne peut accomplir sa mission (40% de pertes).
RépondreSupprimerRien de surprenant non plus que ce que déjà annonçaient les retours d'expérience véritable de la guerre en Ukraine.
RépondreSupprimerEncore qu'ici on parle plus spécifiquement de drones portant déjà un RPG, donc déjà d'un certain poids, et d'un certain cout ; et d'une certaine efficacité (Plus que certains drones bricolés portant l'équivalent d'une simple grenade elle aussi bricolée par exemple.).
Quelle différence avec les RPG et les missiles antichar, y compris filoguidés (Existant depuis une cinquantaine ans : là aussi on fait mine de redécouvrir le fil à couper le beurre ! "Game changers"...), ou encore plus spécifiquement attaquant par le toit (Ce qui est probablement le cas ici avec des drones, Un K2 est largement à l'abri de ce genre de charge, missiles et encore plus RPG sur l'avant mais aussi sur les cotés.) ?
: Presque aucune.
Les APS actuels ne sont sans doute pas les systèmes les plus appropriés pour arrêter ces montages de drones : Il n'y a besoin que de systèmes beaucoup plus simple pour ça, une simple mitrailleuse asservie ou encore un système canister automatisé suffissent.
Bref une nouvelle étude sérieuse qui démontre encore qu'il n'y a rien de vraiment nouveau, de ce qu'on savait déjà, lance-roquette, double charge en tandem, missiles filoguidés, missiles attaquant par le toit, drones en beaucoup plus lent encore que ces derniers, et donc beaucoup plus facilement interceptés encore, une fois qu'on aura mis les moyens... (Juste une question de nombre (Encore !!...) finalement.) (Pour ceux, les plus courant et les moins couteux, qui ne seront pas neutraliser par un simple brouilleur, très peu cher également...)
Les mêmes taux de pertes qu'on annonçait avec l'arrivée des premiers lance-roquettes portables, très peu chers et très très nombreux, avec l'arrivée des premiers missiles anti chars, les premières charges en tandem, les premiers missiles à trajectoire variable et filoguidés, les premiers missiles attaquant par le toit, avant qu'on ne mette les moyens nécessaire en face... (Beaucoup s'emballent pour pas grand chose de réellement nouveau encore ! ... "C'est nouveau"... Juste une adaptation ponctuelle d'un procédé déjà ancien, les drones. Plus d'un demi siècle, un siècle même pour les avions téléguidés ; et autres missiles, plus performants...)
Rien de nouveau sous le soleil. Le char n'est pas mort, rassurez vous, pour ceux qui en douterait, encore...
Bientôt des munitions charge génératrice de noyau CGN . Les drones ont déclassé les ATGMs même les plus modernes... Un spike ou mmp filoguide avec caméra coûte énormément ...
RépondreSupprimerEt un qui nous réinvente la charge creuse, avec un système, CGN, qui existe déjà sur de nombreux armements antichar (On a pas attendu votre drone, panacée universelle manifestement pour certains, pour ça. Marrant même à voir, dés que c'est du drone dont il est question cela devient presque carrément magique, mystique presque même, pour certains ^^).
SupprimerUn Spike c'est du 180 mètres/ seconde. Soit, 650 km/h environ. (= Beaucoup difficile à intercepter (Mais interceptable cependant, avec un bon APS, ou autres.. Ca serait du gaspillage sur un drone.).
Certes un missile moderne comme le Spike est un peu plus cher, 60 à 150 000 euros suivant le modèle, quoique combien couterait un équivalent "dronique" similaire ?
Probablement autant, avec une vitesse qui resterait inférieure cependant (!!).
Si vous voulez du moins cher, tout aussi efficace, et très difficilement intercepté, allez plutôt voir du coté des obus Bonus (50 000 € environ la charge auto guidée, jusqu'à une quarantaine de km de portée, très difficilement interceptable encore une fois (Mais faisable aussi, mais c'est plus cher...).
Contrairement à vos drones, très facilement interceptés... : < 90 % régulièrement en Ukraine, 100 % en Israël (Ou 98 - 99 % contre du missile, en Israël, mais c'est plus cher aussi...). ...)
Ah décidemment, la croyance dans les armes miraculeuses, à la moindre adaptation et utilisation un tant soit peu nouvelle et un peu innovante, temporairement... !!!