UNE OPERATION FINANCIERE TRES POLITIQUE POUR KNDS

KNDS a donné aujourd'hui le départ de sa procédure de la procédure d'introduction en bourse par le biais d'un long communiqué détaillant les étapes de l'opération. Celle-ci devrait se dérouler en plusieurs phases distinctes. Dans un  premier temps, le rachat de 10% du capital social existant par GIAT Industries SAS, holding détenue par l'état français et également de 10% par Wegmann & Co GmbH (« Wegmann »), une société holding privée allemande. Cette première opération sera ensuite suivie du rachat de 40% du capital ordinaire de Wegmann & Co GmbH par l'état allemand par le biais de la banque d'investissement Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW), établissement de droit public allemand. Il convient de préciser que le capital social est constitué par la somme des apports initiaux des actionnaires, alors que le capital ordinaire représente l'ensemble des ressources financières de l'entreprise y compris les bénéfices non distribués et les réserves.
Ces deux opérations devront être terminées avant l'introduction en bourse (IPO Initial Public Offering) qui permettra à la nouvelle entité d'être côtée à Euronext Paris et à Francfort. Dans son communiqué KNDS précise également que "l'introduction en bourse devrait consister en des placements privés auprès d'investisseurs institutionnels dans diverses juridictions [et] qu'aucune offre publique n'est prévue dans aucune juridiction."

Leopard 2A RC 3.0

Ces opérations permettent à la famille Wegmann (propriétaire de KMW) de se désengager fortement du capital  de KNDS après onze années de présence au sein de KNDS Group créé le 15 décembre 2015 alors détenu à 50% par l'état français et à 50% par la famille Bode Wegmann. Née de la fusion de Nexter et de Krauss Maffei Wegmann, le groupe avait été structuré autour du projet phare de l'époque, le MGCS (Main Ground Combat System) dont l'échec est aujourd'hui est quasiment acté. Ce rapprochement avait permis à KMW (Krauss Maffei Wegmann) d'échapper aux "prédateurs" du moment et de bénéficier d'une forme de garantie financière de l'état français. Onze ans plus tard le groupe dispose d'un carnet de commandes s'élevant à 33,1 milliards d'euros pour 2025 avec plus de 500 Léopard 2 en commande et a généré cette même année 4,4 milliards d'euros de revenus et 661 millions d'euros d'EBIT (earnings before interest and taxes). Ces chiffres et perspectives rendent l'opération de cession d'actifs particulièrement intéressante pour l'actionnaire historique de KMW. Cette opération met également fin à la dichotomie existant jusqu'à présent en matière gouvernance qui réunissait un actionnaire public et un actionnaire privé ayant chacun 50% des parts. 

Un Logo "vintage"

Le rachat par le gouvernement allemand de 40% du capital ordinaire, permet à Berlin d'entrer de plein pied dans l'entreprise, dans laquelle le gouvernement allemand n'avait jusqu'à présent aucun droit. Si du côté de KNDS, le but de l'opération parait clair comme l'explique le communiqué du Groupe selon lequel "cette nouvelle structure d’actionnariat soutiendra KNDS alors qu’elle accélère sa prochaine phase de croissance", la perception par les responsables politiques est quelque peu différente sur les deux rives du Rhin. Pour la ministre allemande de l’Économie KatherinReiche la participation allemande dans KNDS va permettre de "sécuriser des technologies clés, de la valeur industrielle et des emplois en Allemagne", tandis que Catherine Vautrin et Roland Lescure y voient "une étape décisive pour nos armées, nos emplois industriels et l’autonomie stratégique de l’Europe." Cette entrée du gouvernement allemand dans le capital de KNDS fait de la société un objet hautement politique, destiné à concrétiser une coopération franco-allemande au "beau fixe" entre les capitales, quelque peu différente de la réalité peuplée d'échecs à répétition. Il faut souhaiter à nos représentants beaucoup de courage pour que cette coopération politique ne se transforme pas en abandon de nos capacités.  

CAPINT

Enfin la décision du gouvernement allemand permet d'éloigner Rheinmetall du montage, l'entreprise de Düsseldorf ayant affiché depuis le début de la guerre en Ukraine des résultats en augmentation et son ambition de devenir un géant mondial de l'armement. La récente cession des activités d'équipementier automobile de la firme pour se recentrer sur les activités défense illustre la volonté  d'Armin Papperger et de ses équipes de devenir un acteur incontournable de l'industrie de défense et d'y consacrer la totalité de ses ressources. L'arrivée (en force)  de Rheinmetall dans le programme MGCS avait été immédiatement suivie d'une menace de blocage du projet en raison de la trop faible part accordée à la société (25%) et de son ambition d'obtenir le leadership du programme et de KNDS, A. Papperger n'hésitant pas à faire appel au patriotisme industriel pour soutenir sa démarche. Plus récemment le PDG de Rheinmetall a remis la pression sur les acteurs du projet et plus particulièrement la France en indiquant n'avoir reçu que 25 millions d'euros pour ce programme et en faisant part de ses doutes sur l'avenir du MGCS.

Armin Papperger (Photo Frankfurter Allgemeine)

Avec cette opération KNDS devrait effectivement posséder des atouts financiers supplémentaires qui se révéleront certainement très utiles pour affronter un marché hautement concurrentiel et sur lequel les nouveaux acteurs se multiplient. N'étant pas un blog financier, Blablachars ne se prononcera pas sur le montage financier envisagé et ses conséquences, mais reste cependant sceptique sur les marges de manoeuvre qui seront accordées à la partie française en matière d'industrialisation, d'exportation et de développement de nouveaux projets, particulièrement en matière de blindés. La présentation à Eurosatory de CAPINT,  du Leopard 2A RC3.0 et du projet Vision 2032 a donné une image assez claire de l'état de la coopération entre les deux branches de KNDS et entre les deux pays, vision qui peut aussi préfigurer ce que pourrait être l'avenir de la future entité et des blindés français. 

Vision 2032

Commentaires

  1. Si je comprends bien:
    - La famille Wegmann ne veut plus partager les bénéfices de ses bons produits, avec Nexter.
    - S'ensuit un "bidule" puisqu'il y a apparition d'un capital flottant. Ça n'est plus du 50%-50% en assumant pleinement un choix politique annoncé au début (non?). Le Balo (Bulletin des annonces légales officiel) où s'effectue la cotation de cette société devra, donc, être épluché rigoureusement, pour connaître qui dépasse des seuils légaux de possession de capital, afin de compter comment se répartissent les décideurs des actions qui seront prises par cette société. Les gens qui actent cela doivent informer qu'ils créent un capital social qui devra être analysé via le prisme de la lecture du Balo et du Bundesanzeiger (Journal officiel électronique fédéral), probablement, pour comprendre cette société dans le futur. En Allemagne, comme en France, avec le Balo (Bulletin des annonces Légales et Officielle), selon la loi sur les marchés financiers (dite Wertpapierhandelsgesetz, WpHG, en Allemagne: c'est l'alter ego du Balo), toute personne ou entité qui acquiert ou cède des actions d’une société cotée et atteint, dépasse ou passe en dessous des seuils de 3 %, 5 %, 10 %, 15 %, 20 %, 25 %, 30 %, 50 % ou 75 % des droits de vote ou du capital devra (!) déclarer cette participation à la société concernée et à l’autorité de surveillance financière (BaFin). Ces déclarations sont ensuite publiées, y compris via le Bundesanzeiger. La question qui se pose donc dans ce jeu financier qui s'est ouvert, est: qui passera les seuils pour aller détenir [10% + 1 action] (en compte propre ou via une holding de société)? Connaissant cette personne morale, on saura qui de l'Allemagne ou de la France, finira par diriger les actions de cette société, dirais-je, si la tierce entité morale est plus proche de l'aune ou de l'autre (on peut imaginer un proxy, d'ailleurs). Voilà, globalement, > Amho & s.o.

    > Amho é s.o.

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    1. Quand on met en perspective l'évolution des événements originels en conjoncture avec l'évolution des capacités financières globales de l'environnement des z'uns et des z'autres, on voit qui recule dans cette histoire où la main faible ne s'en cache plus même, dirais-je. > Amho & s.o.

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    2. Qui donc peut penser, que l'État allemand n'a pas les capacités financières pour mettre la main à la poche à l'équivalent de… l'État français??! Me concernant, c'est la seule chose qui m'intéressé: connaître le nom de ce benêt (PTDR). > Amho & s.o.

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    3. Enfin, je dis "benêt", s'il pensait continuer à créer un dipôle "équilibré": ça n'est plus possible. Il va devoir pencher d'un côté ou de l'autre, tôt ou tard. Maintenant, c'était peut-être l'arrière idée recherchée si cette personne se fiche du contrôle de cette société, car ne s'y intéressant pas (pensant que c'est un panier percé qui lui est "hostile", que c'est sans intérêt, ou que sais-je encore). > Amho & s.o.

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  2. knds ce n'est pas que des blindés c'est aussi un fabriquant de munitions, de canons le carnet de commande juste pour les munitions ce compte en milliards, cet partie de KNDS est Française
    penandreff

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    1. Bien dit. Et bien dommage que KNDS FR ne propose pas de canon pour toutes ses munitions, notamment celles qui cartonnent... au hasard le 30x173...

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  3. En soit rien de dramatique. Dans des boîtes comme airbus et mbda, on distingue bien ce qui est produit dans chaque pays. La France n'a pas acheté de H145, ni de Brimstone...
    Il faut juste que la partie française de knds ne se laisse pas dicter les choses par la partie allemande et reste libre de développer ce qu'elle veut indépendamment (dont des châssis chenillés) puis de l'exporter.

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