VEILLEE D'ARMES AU SUD LIBAN

Les récents renforcement du dispositif de Tsahal dans le nord du pays semblent confirmer le lancement prochain d'une opération terrestre contre les positions du Hezbollah au Sud Liban. Les unités blindées mécanisées israéliennes devraient au coeur de cette offensive, dont l'intensité prévisible devrait situer ce conflit loin des standards d'un affrontement asymétrique, ou du fort au faible. Pour s'en convaincre il suffit de se souvenir que l'entité chiite, reconnue comme groupe terroriste par de nombreux pays, possède un arsenal particulièrement fourni, que Blablachars a présenté il y a quelques années. Depuis cette date, même s'il reste difficile de faire un inventaire exhaustif et complet des armements détenus par le Hezbollah, les chiffres communément admis montrent que la milice pro-chiite a renforcé ses capacités. Cette montée en puissance aurait été permise par le maintien de plusieurs itinéraires d'approvisionnement entre la Syrie et le Sud Liban. Cette voie semble cependant s'être réduite depuis le changement de régime à Damas et elle serait désormais dédiée au passage d'armements plus légers comme les armes et les munitions de petit calibre, les missiles antichars ou les roquettes. L'autre voie d'approvisionnement serait constituée par les ports libanais, parmi lesquels le port de Tyr au sein duquel plusieurs cargaisons en provenance d'Iran aurait été acheminées. L'autre facteur d'accroissement du potentiel du Hezbollah serait constituée par l'existence de nombreux ateliers de fabrication, au sein desquels seraient assemblés plusieurs types d'armes dont des roquettes Katyusha, Grad ainsi que des drones, sans oublier la modification d'armements importés. La dernière force du Hezbollah serait constituée par ses combattants, dont le nombre serait estimé à 20000 en service actif et 20 à 25000 "réservistes." D'autres estimations font état de 100000 combattants, également répartis entre combattants actifs et réservistes. Ces chiffres pourraient avoir varié ces derniers jours, le déclenchement des opérations aériennes contre le régime de Téhéran aurait suscité un afflux de volontaires, dont le nombre exact reste difficile à estimer, tout comme leur nature, ces néo miliciens pouvant également être des "réservistes" du mouvement. 

Le déploiement du Hezbollah (Carte ALMA)

A la veille d'une nouvelle incursion au Sud Liban, Tsahal a procédé à un "large renforcement" (selon les termes du CEMA israélien) du Commandement Nord. Ce commandement a sous ses ordres quatre divisions, qui regroupent six brigades blindées, six brigades d'infanterie et quatre brigades d'artillerie ainsi que la 810ème Brigade de montagne déjà engagée au Sud-Liban précédemment. Les les 7ème et 188ème Brigades blindées qui appartiennent au Corps blindé israélien sont les deux seules formations d'active, dont les trois bataillons de chars sont équipés de la dernière version du Merkava, déjà engagé par Tsahal dans les opérations dans la bande de Gaza. L'armée israélienne, fidèle à sa doctrine devrait engager ses blindés au sein d'un ensemble interarmes, composé d'engins variés comme le Namer, le bulldozer D9, l'engin du Génie Puma sans oublier les nombreux drones mis en oeuvre par les Forces israéliennes. Les renforcements alloués au Commandement Nord seraient constitués par la 98ème Division aéroportée, composée de trois brigades parachutistes et d'une brigade commando. Les réservistes de la 252ème Division seraient déployés dans la Bande de Gaza, où elles relèveraient des unités d'active pour permettre leur éventuel réengagement au Sud Liban. Tsahal prévoit également d'allonger la période de présence des réservistes du Commandement Centre. Un autre signe de la montée en puissance de Tsahal est la création en février dernier d'une nouvelle division ; la 38ème Division regroupe toutes les unités qui étaient auparavant rattachées à la division d'entraînement de base des forces terrestres. La 38ème Division devrait être opérationnelle en 2027, mettant fin au dispositif actuel qui prévoit la transformation des écoles de formation en brigades de combat aux ordres des différentes divisions.

Le Merkava, une nouvelle fois au coeur des opérations (Crédit REUTERS)

La période qui ressemble à une veillée d'armes permet à chacun des deux camps de renforcer son dispositif avant un engagement dont l'intensité devra être observée et les enseignements tirés. A côté de cet arsenal plutôt impressionnant, la dimension morale de ce conflit ne doit pas être négligée, avec d'un côté l'objectif avoué de la milice chiite de rayer Israel de la carte, et pour Tel-Aviv le but de faire du Sud-Liban une zone de sécurité vidée des miliciens du Hezbollah. Enfin, comment ne pas évoquer le Sud Liban, théâtre des futurs combats qui risque de connaître un nouveau déchaînement de violence auquel les populations encore présentes risquent de payer un prix très élevé. 

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