La victoire du K9 Mobile Howitzer (MH) ou K9A2 le 18 aout dernier dans la compétition pour la fourniture d'obusiers de 155mm MTC (Mobile Tactical Canon) a constitué un des événements marquants de l'actualité estivale. Le succès d'Hanwha obtenu face au RCH 155 de Rheinmetall, à l'Archer de BAE Systems et au Caesar de KNDS France associé pour l'occasion à Leonardo DRS a mis en lumière plusieurs points sur lesquels Blablachars a voulu revenir. Si la sélection du canon sud-coréen marque une étape importante pour Hanwha, elle souligne également les caractéristiques de la BITD sud-coréenne dont la réactivité et la capacité d'adaptation sont en train de devenir des facteurs-clés des succès sud-coréens.
Le premier point, étroitement lié aux exigences américaines souligne la capacité de la BITD sud-coréenne à fournir dans des délais contraints les matériels sélectionnés. La sélection de l'obusier d'Hanwha devrait permettre à l'armée américaine de recevoir avant la fin de l'année les six premiers systèmes commandés pour un montant de 100 millions de dollars, commande assortie d'une option pour douze systèmes supplémentaires pour un montant total de 262 millions de dollars. A ceux qui s'étonneraient de cette rapidité d’exécution du contrat, ils peuvent se rappeler que les premiers chars K2 et obusiers K9 étaient arrivés en Pologne moins de trois mois après la signature du contrat de fourniture. La réactivité de la BITD sud-coréenne qui ne concerne donc pas seulement Hanwha ne peut être dissociée de sa capacité à augmenter ses cadences de production, le contrat américain pourrait voir Hanwha livrer 500 exemplaires de son K9 Mobile Howitzer. L'ensemble de ces engins seraient fabriqués sur le site établi par Hanwha à Opelika dans l'Alabama. De telles caractéristiques sont celles d'un groupe, Hanwha Aerospace devenu un géant mondial de l'armement avec un chiffre d'affaires 2025 de 20 milliards de dollars, en augmentation de 137% par rapport à l'année précédente.

Résultats Hanwha Aerospace ( Korea JoongAng Daily)
Si le K9 Mobile Thunder ou K9A2 ne peut se prévaloir de la référence "combat proven", il est intéressant de noter que cet engin est constitué de l'artillerie du K9A1 Thunder, qui représente aujourd'hui plus de la moitié du marché mondial des obusiers de 155mm. Le K9 Thunder est aujourd'hui produit à plus de 2500 exemplaires, la délocalisation de sa fabrication étant déjà effective en Égypte, en Australie, en Turquie. Comme pour les caractéristiques précédentes, la capacité à offrir des transferts de technologies et à faciliter la production sous licence ne concerne pas seulement Hanwha mais l'ensemble des fabricants sud-coréens comme le montrent les projets polonais et australiens de fabrication des chars K2 ou des VCI (Véhicule de Combat d'Infanterie) AS-21 en Australie. Une capacité intéressante dont l'application n'est désormais plus réservée aux pays dotés d'une industrie de défense naissante mais également à des pays fortement industrialisés, soucieux d'obtenir des compensations concrètes et utiles, bien différentes des offsets longtemps utilisés dans les contrats d'armement.
Sur l'engin lui -même, on peut noter que le K9 MH peut emporter jusqu'à 40 coups de 155mm, qu'il peut tirer à une cadence de 8 à 10 coups par minute à une portée maximale de 60 km. Ces performances sont permises par une automatisation complète de la séquence de tir, qui autorise également une protection totale de l'équipe de pièce qui assure la mise en oeuvre du système depuis la cabine. L'installation du tube de 52 calibres sur un châssis 8x8, lui assure une mobilité satisfaisante et largement supérieure à celle de l'obusier tracté M777 que le K9MH doit remplacer.
Si le Caesar peut s'enorgueillir de nombreux succès, il est évident que les critères de sélection émis par l'armée américaine ne permettaient pas d'envisager une victoire française dans cette compétition. Entre absence de protection et d'automatisation du canon français et des capacités de production ne permettant pas de répondre aux exigences américaines, le Caesar ne pouvait compter que sur sa réputation (justifiée) pour tenter d'emporter la décision américaine. il est intéressant de noter que Hanwha est la dernière firme à être entrée dans la compétition américaine pour rafler le marché au nez et à la barbe de concurrents pourtant "sérieux." A l'heure où se dessine le remplaçant du Caesar, il serait peut-être opportun de doter le futur engin des capacités qui lui manquent aujourd'hui, même si le canon français représente à lui seul la presque totalité des exportations d'armement terrestre français, contribuant à hauteur de 12% des exportations d'armement, largement dominées par les secteurs aérien et naval.

Le K9 A2 ou Mobile Howitzer (MH)
Ce premier succès export de la version à roues du best-seller d'Hanwha pourrait favoriser sa sélection par d'autres pays, comme en Espagne qui a déjà choisi le K9A1 et où le K9 A2 pourrait être une nouvelle fois opposé au RCH 155 proposé par KNDS et à une version montée sur un châssis HX3 de Rheinmetall.



Ce n'est que la première étape d'une phase de quatre ans au cours de laquelle il peut se passer beaucoup de choses. Il faudra que l'armée américaine s'approprie un engin de 40 tonnes, très encombrant et assez vulnérable. Il faudra que ce K9 franchisse toutes les étapes de la montée en fiabilité/disponibilité à partir d'un démonstrateur. Enfin je ne pense pas que le K9 satisfasse tous les besoins des divisions dites légères et qu'il faudra autre chose. Ce choix appelle donc beaucoup de questionnements. Le budget de cette affaire est assez négligeable au vu des critères américains, revenir sur ce choix ne sera pas un drame.
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