COMPARAISON N'EST PAS RAISON MAIS.....

La livraison annoncée hier du Lynx XM30 développé par American Rheinmetall qui suit de quelques jours celle de son concurrent américain, le XM30 Wolf de GDLS (General Dynamics Land Systems) marque le véritable coup d'envoi d'une période cruciale pour les deux firmes engagées dans la phase finale du programme XM30. Après l'Australie en 2021, c'est maintenant au tour des Etats-Unis de s'engager dans l'évaluation compétitive des deux engins destinés à remplacer le vénérable Bradley et à mettre un point final aux difficultés rencontrées par le projet. Cette procédure qui a été également suivie par plusieurs pays d'Europe centrale pour le choix de leurs engins s'inscrit dans un processus inconnu en France et auquel Blablachars s'est intéressé. 

Lancé à la fin de la décennie précédente le Programme Land 400 australien comprenait de nombreux volets qui devaient permettre de renouveler la majorité des matériels en service dans l'armée australienne. Parmi les différents projets présentés, Blablachars s'était particulièrement intéressé à la Phase 2 qui avait vu la victoire du Boxer face à l'AMV 35 de Patria. Celle-ci avait été suivie de la Phase 3 destinée à choisir le futur VCI de l'armée australienne. L'AS-21 Redback d'Hanwha s'était imposé face au Lynx KF-41 de Rheinmetall, signant au passage la première victoire à l'exportation du blindé sud-coréen. Contrairement au choix du K9 devenu AS-9 Huntsman et du M1 A2 SEPV3, la sélection des deux blindés avait était réalisées après une phase de Risk Mitigation Activity. Cette phase d'une durée de plusieurs mois avait permis de confronter les deux engins et d'évaluer leurs performances notamment dans les domaines de la protection, de la puissance de feu et de la mobilité ainsi que leur compatibilité avec les moyens et dispositifs de l'armée australienne. On se souviendra que la Norvège avait également évalué deux chars, le K2NO et le Leopard 2 durant plusieurs mois avant de prendre la décision très politique et pas tout à fait conforme aux choix des militaires norvégiens, d'acquérir le char allemand. 

                                       Leopard 2 et K2 en Norvège                                  

Aux Etats-Unis, point de Risk Mitigation Activity mais bien une évaluation menée par les équipages directement concernés par le choix du futur engin. Si comme le montre l'exemple norvégien, il n'est pas forcément certain que les conclusions des militaires soient suivies par les responsables politiques, cette période est cruciale pour les deux projets, car les opinions des militaires serviront de façon plus ou moins importante de support à la prise de décision finale. Les deux finalistes, sélectionnés parmi cinq candidats sont engagés dans une phase pour laquelle, ils ont du passer du virtuel au réel avec la réalisation de plusieurs prototypes fonctionnels. Il est aisé d'imaginer que les équipes de soutien des industriels seront à pied d’œuvre durant ce semestre décisif pour corriger les inévitables bugs et autres défauts de jeunesse d'engins n'ayant jamais roulé sous cette forme. Sur ce sujet, on donnera un léger avantage à Rheinmetall dont la plateforme est déjà largement éprouvée, tout comme sa tourelle dérivée de celle du Lynx KF-41. Du côté GDLS, il est encore trop tôt pour connaitre la nature exacte du châssis utilisé pour le XM30 Wolf, qui pourrait être totalement nouveau tout comme la tourelle dont on avait pu voir une ébauche en juillet 2021 au cours d'une visite du Secrétaire d'état à la Défense. Il est cependant probable que l'expérience acquise de l'autre côté de l'Atlantique par GDELS avec l'Ascod et dans une moindre mesure avec l'Ajax ait été utilisés par les équipes de GDLS pour le projet. Ce sont les équipages de la 1ère Division de Cavalerie qui auront le "dernier mot" après plusieurs au cours desquelles ils vont évaluer et tester durant plusieurs mois les deux engins, mais  aussi vivre de façon quasi permanente, une cohabitation qui devrait fournir de précieuses informations dans le domaine de la maintenance et du maintien en condition. Pour clore le sujet, il est intéressant de constater que le choix final se fera entre un candidat 100% américain (GDLS) vainqueur d'un programme abandonné et un candidat étranger qui n'a jusqu'à présent pas réussi à s'imposer aux Etats-Unis et ce en dépit des nombreuses contributions de la firme allemande aux programmes de la BITD américaine.  

                                     Lynx XM30 de American Rheinmetall                                

L'évocation de ces différentes compétitions a donné envie à Blablachars d'imaginer un scénario semblable en France. Dans les deux exemples choisis, les engins "évalués" seraient "francisés" par l'intégration de sous-ensembles français produits par nos industriels et susceptibles d'équiper l'armée de terre et répondant à ses exigences. En outre ces deux phases seraient bien évidemment précédées d'une incontournable période de formation des équipages et des équipes de maintenance. Formation dont la durée permettrait de juger de la facilité d'acquisition des spécifications des engins et de leur "convivialité."

Dans le premier cas, un ou plusieurs régiments de chars se verraient confier pour une durée définie des prototypes différents constitués d'une tourelle Ascalon 120 montée pour une partie d'entre eux sur un châssis de Leopard 2A8, et pour une autre partie sur un châssis de K2. Choix non limitatif mais qui contient la presque totalité des châssis actuellement disponibles sur le marché et techniquement viables. Ces prototypes seraient alors utilisés pour les différentes activités blindées (école d'équipage, de peloton, parcours d'observation) mais aussi pour le tir avec un passage au CETIA (Centre d'Entrainement au Tir Interarmes) à Canjuers. Les aptitudes à la manoeuvre des engins serait évaluée au cours de rotations au CENTAC (Centre d'Entrainement au Combat) tout comme les aptitudes au combat urbain le seraient par le biais de passage au CENZUB (Centre d'Entrainement aux actions en Zone Urbaine). La Section Technique de l'Armée de Terre, la DEP (Direction des études et de la Prospective) de la Cavalerie Blindée seraient évidemment associées à cette phase d'évaluation.

 

Parallèlement à cette évaluation et dans le cadre de la (re)constitution d'une véritable composante blindée mécanisée, l'armée de terre confierait également aux régiments d'infanterie mécanisée de ses brigades blindées des VCI existants, qui pourraient le KF-41 Lynx, L'Ascod II, l'AS-21 ou encore le CV90 (qui pourrait bénéficier des bonnes relations entretenues avec la Suède dans le domaine de l'armement). Ces engins seraient tous équipés d'une tourelle RCT40, développée par KNDS France et proposé sur le VBCI Mark II. Proche de celle du Jaguar, elle constituerait un élément essentiel de la "francisation" de ces VCI, tout comme la tourelle ASCALON pour le char. Ici aussi, sous l’œil avisé de la STAT et de la DEP Infanterie, les engins seraient mis entre les mains des équipages et des fantassins des régiments concernés. Une harmonisation des calendriers permettrait en outre de faire travailler ces engins aux côtés des prototypes de chars évalués en parallèle, notamment lors des rotations au CENTAC et au CENZUB et dans une moindre mesure au CETIA.
                                           CV90 équipé d'une tourelle CT 40 de KNDS   

La participation à ces expérimentations de la STAT, des DEP concernées et bien sur du Commandement du Combat Futur (CCF) permettrait de constituer un ensemble RETEX (Retour d’Expérience) exhaustif, qui aborderait les aspects techniques, tactiques et doctrinaux. Ces résultats permettraient en outre d'évaluer l'ampleur et la nature des adaptations nécessaires pour chaque engin, en cas d'adoption par l'armée de terre. Ces évaluations comparatives seraient ensuite suivies d'une phase de négociation menée par la DGA aux côtés des industriels français concernés qui permettrait de connaitre avec précision, les propositions des fournisseurs en lice en matière d'industrialisation, de production ou encore de transferts de technologies, dans le cas où ceux-ci s'avèreraient nécessaires. 

                                         Chaine de production Leclerc (Photo Challenges)

Si ce dernier paragraphe paraitra probablement utopique à certains, il ne constitue que la traduction maladroite et (volontairement) incomplète d'une procédure déjà utilisée par de nombreux pays pour l'acquisition de matériels majeurs. Au-delà des aspects déjà évoqués, l'association des différents acteurs de la chaine décisionnelle autour du RETEX d'équipages serait certainement profitable à notre BITD qui pourrait recueillir les informations nécessaires sur les engins évalués ou définir les conditions d'une véritable coopération industrielle qui ne soit pas un renoncement. Le montage de tourelles françaises, Ascalon 120 ou RCT 40 sur des engins différents servirait également à démontrer le potentiel d'adaptation de ces équipements et la capacité de notre industrie à s'adapter aux exigences de clients potentiels, qualités fort prisées sur les marchés export mais peu ou pas exploitées en France, où la vente de sous-ensembles pour engins blindés ne semble pas être à l'ordre du jour. 

Enfin, alors que l'on attend toujours une décision sur la successeur du Leclerc et au moment 
où l'on (re)découvre que les véhicules du Programme Scorpion sont inadaptés au combat en Europe et à un conflit de haute intensité, l'achat sur étagère de matériels "francisés" représente aujourd'hui une solution à considérer avec attention pour la (re)constitution d'une composante blindée mécanisée. Une telle hypothèse ne peut être envisagée sans le recours à une procédure de sélection extrêmement rigoureuse dans laquelle l'ensemble des acteurs, du plus modeste au plus important serait impliqué. Le seul bémol à cette ambition reste bien sur l'aspect budgétaire de la question, même si un recours judicieusement négocié à des solutions étrangères pourrait constituer un potentiel gisement d'économies ainsi qu'un gain de temps important par rapport à des programmes nationaux souvent marqués par des dérives budgétaires, calendaires et de longs développements. 
En attendant d'éventuelles avancées sur le sujet, les blindonautes pourront toujours consulter Blablachars pour être informés de l'avancement des évaluations américaines. 

Commentaires

  1. Est ce qu'on ne gagnerait pas de l'argent et du temps à simplement tester les engins tels qu'ils sont, avec leurs tourelles d'origines puis les produire sous licence ?

    Pourquoi vouloir absolument des tourelles françaises avec des calibres ultra spécifiques ? Si c'est l'excuse de la souveraineté, il faudrait aussi proposer des châssis. Le "entre deux" est le pire des choix car il implique de la R&D lourde/coûteuse sans toutefois permettre un gain de souveraineté.

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  2. @Blablachars. Vous proposez une solution tellement raisonnable et équilibrée qu'elle ne sera jamais adoptée...

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  3. Au-delà de votre proposition, 'ai toujours milité pour un système à l'américaine qui définit un programme, choisit sur concours des industriels , évalue leurs prototypes sur le terrain et choisit le plus adapté. C'est un système qui serait peu confortable pour nos industriels, surtout si l'appel d'offres est ouvert aux concurrents, mais qui permettrait des coopérations ouvertes décidées par les industriels et non par les politiques, qui favoriserait de substantielles économies de temps( calendrier imposé) et d'argent ( mise en concurrence).

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  4. Rectificatif:...Ouvert aux concurrents européens...

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