Les deux programmes de renouvellement de la composante blindée mécanisée continuent de se poursuivre selon les calendriers initiaux comme en témoignent les différentes informations en provenance des Etats-Unis. Publiées par les industriels concernés et l'armée américaine, elles font état de l'avancement du programme XM 30 et du programme M1E3. Loin des débats entre jeune et vieux et du blocage culturel faisant des engins chenillés des survivants d'un passé révolu, les militaires américains accélèrent le renouvellement de plusieurs de leurs engins blindés de première ligne. Après l'AMPV (Armored Multi Purpose Vehicle) destiné à succéder au M113, c'est au tour du Bradley et du M1A2 de voir leur succession prendre forme.
Le premier de ces deux projets doit permettre à l'armée américaine de remplacer Bradley par un nouvel engin désigné MICV ou Mechanized Infantry Combat Vehicle. Celui-ci devrait avoir pour principales caractéristiques de pouvoir emporter six combattants, d'être mis en oeuvre par un équipage de deux hommes, d'être armé du canon de 50x228 mm M913 et de missiles antichars. Il serait protégé par un Système de Protection Active à la capacité anti-drones et doté d'une motorisation hybride, pour une masse totale ne devant pas excéder 55 tonnes. Le programme lancé en 2023 arrive désormais dans la phase d'évaluation des deux projets encore en course, le XM30 Wolf de General Dynamics Land Systems (GDLS) et le Lynx XM30 de Rheinmetall. Le refus de passage au Jalon B du programme ne semble pas avoir fait sortir le programme de ses rails, comme en témoigne la livraison récemment annoncée par GDLS des premiers prototypes destinés aux évaluations.
A l'instar de ce qui avait été pratiqué pour (feu) le M10 Booker, dont les deux prototypes concurrents de GDLS et BAE Systems furent évalués par la 82eme Division aéroportée, les deux engins du programme XM 30 seront également testés au sein d'une unité de l'armée américaine. C'est la 1ère Division de Cavalerie et plus particulièrement le 1st Armored Brigade Combat Team (ABCT) "Iron Horse." qui sera en charge jusqu'au mois de mars 2027, de cette phase durant laquelle la First Cav testera dans les différents domaines (tir, mobilité, communications,...) les engins regroupés au sein deux sections XM30. Ces évaluations qui ne porteront pas uniquement sur les aspects techniques, devraient également comprendre un passage au National Training Center (NTC) de Fort Irwin en Californie, structure au sein de laquelle les unités de l'armée américaine s'entrainent et sont évaluées au cours de rotations durant lesquelles elles sont opposées à un adversaire doté d'engins visuellement modifiés (VISMOD)
Le vainqueur du programme devrait être connu d'ici la fin de l'année prochaine et se voir confier la production de 19 prototypes complets destinés à la qualification de la production et aux évaluations opérationnelle initiales (IOT&E Initial Operational Tests & Evaluations). L'armée américaine souhaite que le financement de cette première tranche de véhicules, d'un montant de 547 millions de dollars soit inscrite par le Congrès dans le budget 2027. Échaudée par les précédents revers subis par le programme, l'armée américaine a précisé dans des documents internes que le "prime contractor" n'avait pas encore été identifié et que son choix sera effectué au regard des performances constatées durant les prochaines phases du projet, dans le cadre d'une acquisition dite MTA-RP (Middle Tier of Acquisition-Rapid Prototyping Phase) Cette procédure d'acquisition accélérée permet au Département de la Défense de développer et tester des prototypes opérationnels en moins de cinq ans et de briser "le cycle d'acquisition lent et bureaucratique", comme cela avait évoqué en mars dernier. Les réserves de l'armée américaine sonnent comme le rappel adressé aux deux compétiteurs engagés de l'existence d'une RFI (Request For Information) !
Parce que le combat blindé mécanisé implique plusieurs types engins, organisés au sein de composantes interarmes capables de combattre au rythme du char, c'est presque "naturellement" que l'armée américaine a également confié à la First Cav l'évaluation du M1E3. Au-delà de cette "simple" exigence opérationnelle, cette décision est également motivée par des contraintes calendaires avec l'objectif affiché par l'armée américaine de débuter la mise en service du XM30 et du M1E3 avant la fin de la décennie. Ce dernier doit permettre aux tankistes américains de disposer d'un char plus léger que les précédentes déclinaisons de l'Abrams et à la logistique également allégée. Pour atteindre cet objectif minceur, le M1E3 devrait logiquement s'inspirer des solutions présentées par GDLS sur son démonstrateur Abrams-X dévoilé en octobre 2022.
Les premiers clichés du M1E3 présentent un engin au design plutôt conventionnel qui tranche quelque peu avec la silhouette (volontairement) innovante de l'Abrams-X. L'utilisation du châssis du M1A2, tout comme celle du canon XM360 pour l'équipement du futur engin répond probablement au souhait des autorités américaines de réduire les couts d'acquisition du M1E3, de raccourcir les délais de production tout en faisant effort sur l'intégration de nouvelles solutions comme la motorisation hybride, la tourelle téléopérée ou encore l'architecture ouverte et l'intégration native d'un système de protection active. Les exigences calendaires pour le développement du M1E3 se traduisent par un financement de 510 millions de dollars pour l'année fiscale 2027, qui devrait permettre de livrer les prototypes du M1E3 dans le courant de l'année 2028. Le recours à un fournisseur unique (GDLS) pour le développement du futur char traduit le souhait de l'armée américaine de disposer dans les meilleurs délais d'un engin adapté aux nouvelles exigences opérationnelles.
Au moment où la communauté de défense française s'agite autour d'un débat, sorte de remake de la bataille d'Hernani entre "jeunes qui veulent oser et vieux qui ne veulent pas", les militaires américains réaffirment la primauté de la manoeuvre face aux nouvelles menaces. L'irruption des drones, des munitions rôdeuses et/ou téléopérées, des tirs au delà de la vue directe (TAVD) ne condamne pas la manoeuvre mais au contraire la remet plus que jamais au coeur de l'action terrestre. Cette exigence de manoeuvre passe par l'utilisation d'une composante blindée cohérente et moderne dotée d'engins adaptés. Ceux-ci devront en effet être capables d'alterner (très rapidement) les phases de concentration et de dispersion qui rythmeront probablement les futurs engagements. Pour ce faire, ils devront être dotés d'une puissance de feu accrue, d'une mobilité améliorée (véritable gage de survie), d'une protection active capable d'agir verticalement et être également capables de combattre en réseau au sein d'ensembles mixtes comprenant des éléments téléopérés et humains.
Les récents échecs et revers subis par les différents programmes d'acquisition américains doivent évidemment inviter à une certaine prudence quant à l'avenir des deux engins évoqués. Il serait en outre prétentieux de s'engager sur la validité des solutions envisagées par l'armée américaine pour son futur char et son prochain VCI, mais on peut juste constater la cohérence représentée par le développement quasi parallèle des deux projets, jugés essentiels par les militaires américains.







Commentaires
Enregistrer un commentaire