En juin dernier les responsables américains avaient donné leur feu vert à la poursuite du projet XM30, qui devait franchir le Milestone B (Jalon B) représentant la phase de développement de l’ingénierie et des processus de fabrication. On a appris récemment que cette décision n'avait pas été validée par le CEMAT, le général Randy Georges et par le Secrétaire d'Etat à l'armée de terre, Dan Driscoll. Cette décision serait accompagnée de la publication d'une RFI (Request For Information) qui pourrait redessiner le programme. Cette RFI demande aux industriels concernés des "solutions innovantes pour la conception, la production et la livraison rapides de véhicules de combat au sol" avec la possibilité d'acquérir 10 prototypes dès cette année avec un production pouvant aller jusqu'à 2500 véhicules par an. A noter que la RFI ne mentionne pas directement le XM 30 ou même le Bradley mais évoque des véhicules chenillés d'un poids de 40 à 80 tonnes.
Un séisme de magnitude encore inconnue
Selon plusieurs observateurs, le refus de passage au Milestone B et la RFI permettaient à l'armée d'envisager une refonte du programme dont l'armée de terre semble s'être emparée avec l'étude de différentes alternatives. Selon plusieurs sources, le refus vise également à "briser le cycle d'acquisition lente et bureaucratique" et à favoriser le choix de partenaires capables de proposer dès maintenant des solutions de pointe et non dans plusieurs décennies. Cette étape serait donc nécessaire pour permettre à l'armée américaine d'évaluer et sélectionner la meilleure solution pour se procurer dès maintenant un véhicule "de classe mondiale" pour les prochaines années. Ce nouveau rebondissement (le septième) dans le remplacement du Bradley dont la genèse remonte aux années 1980, ne laisse par indifférents les observateurs (civils et militaires) pour lesquels l'idée sous-jacente serait d'ouvrir le programme à la concurrence tout en gardant et en augmentant la pression sur les deux compétiteurs (GDLS et American Rheinmetall ) engagés dans la phase de prototypage. L'événement est cependant considéré comme sérieux par l'American Entreprise Institute qui voit dans cette opération une façon de dire aux industriels "si vous ne livrez pas assez vite, nous pouvons nous tourner vers des fournisseurs non traditionnels."
Entre discours officiels et divergences
Les voix officielles tentent de diminuer la portée du refus de passage au Milestone B en expliquant que l'armée souhaite envisager des alternatives, examiner des options sans perturber les travaux en cours, ni effrayer les parties impliquées parmi lesquelles le Congrès mais aussi Rheinmetall et GDLS. Selon un porte parole de l'armée américaine, les deux industriels doivent livrer cet été huit prototypes afin de débuter leur évaluation dans les différents exercices menés dans le cadre du programme Transformation in Contact. Les avis divergent sur la réelle portée de la RFI pour le programme XM 30 dont le poids final est évalué à 55 tonnes alors que le Bradley atteint de son côté les 30 tonnes. Pour certains cette RFI porterait sur d'autres programmes comme l'AMPV (Armored Multi Purpose Vehicle) tandis que d'autres voient dans la RFI et le refus de passage au Milestone B un signal clair en direction du XM30.
Une question de budget ?
L'aspect financier du projet et son cout final pourraient expliquer le changement d'attitude des autorités américaines. Le XM 30 étant confronté dans les futurs arbitrages budgétaires à des programmes majeurs comme le FLRAA (Future Long Range Assault Aircraft), la capacité de feux dans la profondeur, la défense sol-air ou encore le développement d'un nouveau réseau. Les arbitrages futurs pourraient être plus favorables au XM30, dont le cout d'acquisition pourrait être moindre qu'initialement envisagé.
Une réaction mesurée
America Rheinmetall a réagi à ces événements en assurant par la voix de Jim Schirmer, vice-président principal des ventes et du marketing qui a assuré qu'il était sain pour l'armée de mener "systématiquement" des enquêtes sur les marchés et que sa société encourageait la concurrence ouverte. Jim Schirmer a toutefois tenu à préciser que le XM30 avait atteint ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a fait, des prototypes complets au niveau du système sur la bonne voie pour la livraison cet été" et a rappelé qu'il n'y avait de "plate-forme prête à l’emploi, nationale ou étrangère, [qui] répond à tout le spectre des exigences XM30 de l’armée pour la létalité, la survie, l’architecture ouverte et la capacité de production nationale."
Des précédents redoutés
Les récents abandons du M10 Booker et RCV (Robotic Combat Vehicle) ne semblent pas rassurer les différents responsables du programme XM 30 tout comme le récent engouement du Pentagone pour un recours accru au secteur automobile civil, comme on a pu le voir avec la présentation à Detroit du M1E3. Plusieurs responsables doutent cependant de la capacité et de l'envie de ces firmes de produire un nombre de véhicules au départ limité et surtout de se plier aux exigences des militaires dans le domaine de la protection et de la mobilité. la concurrence pourrait plutôt être représentée par Hanwha Aerospace avec l'AS-21 Redback, BAE Hagglunds avec le CV90, PGZ avec le Borsuk et enfin Rheinmetall avec le Lynx. BAE fait également pression pour accélérer l'équipement de son AMPV avec une tourelle moyen calibre, qui deviendrait de facto un VCI... aucune option n'a encore été testée ni même envisagée.
Tous les aspects de ce nouveau rebondissement d'un programme dont les premières esquisses remontent aux années 1980 illustre la fragilité et la complexité du processus d'acquisition de l’administration américaine. Une remise en cause du programme XM30 au profit d'achat sur étagère pourrait certes accélérer le calendrier de remplacement du vénérable Bradley. Ce revirement serait également synonyme d'échec et pourrait conduire à une refonte complète du processus d'acquisition, ce qui ressemblerait fortement à un nouvel épisode des "Pentagon Wars" sorti en 1998 !




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