L'INFANTERIE SINGAPOURIENNE SE REORGANISE

L'armée singapourienne a entrepris de réorganiser sa composante infanterie et plus particulièrement ses bataillons pour se doter de nouvelles structures plus adaptées à l'évolution des menaces et saisir les opportunités offertes par l'arrivée des drones. Cette évolution est la première menée depuis 2009, date à laquelle l'infanterie singapourienne était devenue motorisée. La nouvelle organisation qui doit être mise en place dans les mois à venir a été évaluée et validée au cours d'un exercice mené par l'armée singapourienne en Australie dans le courant du mois d'octobre. 

Infographie de présentation du NGIB (Source MoD Singapore)

La restructuration des bataillons, mise en place suivant le concept de Next Generation Infantry Batallions (NGIB) vise à rendre ces entités plus agiles et capables de mener plusieurs tâches simultanément. Jusqu'à présent chaque bataillon était composé de trois compagnies d'infanterie, comprenant chacune trois sections, elles même organisées autour de trois groupes de sept hommes chacun. Dans le cadre du projet NGIB, chaque compagnie comptera cinq sections de combat comprenant chacune deux groupes de de six hommes chacun. A ces sections s'ajoutent des groupes "filet d'acier" dédiés aux opérations de surveillance et à la mise en œuvre de drones d'attaque. Composés de deux équipes de trois personnes, provenant des sections d'origine qui "perdent" deux servants de mitrailleuse. Ces groupes seront équipées de drones de surveillance Vesper de Vantage Robotics et de drones d'attaque Artos de ST Engineering. Cette réorganisation n'affecte pas le nombre de VCI (Véhicule de Combat d'Infanterie) Terrex utilisés par les compagnies, chaque groupe de combat conservant un véhicule.
Parallèlement à ces changements, l'infanterie singapourienne se dote d'un BMS (Battle Management System) de niveau groupe pouvant être utilisé en dehors des véhicules, chaque groupe recevant un terminal mobile capable de se connecter aux drones utilisés et de relayer les images aux échelons de supérieurs. 

Éléments de l'infanterie singapourienne (Photo Chen Chuaren)

Ce concept a été testé dans sa totalité par le 5ème Régiment d'Infanterie au cours de l'exercice Wallaby 26 qui s'est déroulé en Australie en octobre dernier. Cette première évaluation permet d'envisager la généralisation du concept NGIB à toutes les unités d'infanterie, l'armée singapourienne souhaitant également le partager avec d'autres composantes pour faciliter l'adoption des "bonnes pratiques" et le dissémination des idées utiles. Le projet NGIB a été mené en collaboration avec l'Agence de la science et des technologies de défense qui s'est fixé comme objectif de permettre aux troupes de contrôler les drones directement à partir de leur véhicule. Le général Fairoz Bin Hassan, patron de l'infanterie singapourienne estime que le rôle de l'infanterie a évolué d'infanterie légère conventionnelle combattant avec des armes à tir direct vers une infanterie motorisée disposant d'une plus grande protection et capable d'engager des objectifs à plus grande distance avec ses drones.  
La réorganisation structurelle de l'infanterie singapourienne s'inscrit dans un projet de modernisation / adaptation des forces terrestres de la cité-état qui s'est traduit par la mise en service au sein de la composante blindée du VCI chenillé Hunter et dans l'artillerie de l'obusier israélien de 155mm Sigma, produit par Elbit Systems. 

Obusier de 155mm Sigma (Photo Elbit Systems)

L'exercice Wallaby qui a permis de valider le concept NGIB qui s'est déroulé dans la zone d'entrainement de Shoalwater, cinq fois plus grande que la superficie totale de Singapour a permis de tester plusieurs équipements comme le fusil anti-matériel britannique AX ELR de 12.7mm ainsi que les fusils de précision finlandais TRG 22 et américain M110. Côté logistique, l'armée singapourienne qui opérait loin de ses bases a profité de l'exercice pour tester les capacités de soutien, particulièrement dans le domaine de l'impression 3D avec le déploiement de trois installations conteneurisées capable de produire des pièces métalliques et en résine. 
Enfin, les dimensions de la zone d'exercice ont permis de conduire des évaluations "grandeur nature" des futurs matériels comme le Rhino 4x4 de ST Engineering et le Terrex S5 connu sous le nom de Titan dans l'armée singapourienne.  

Rhino 4x4 de ST Engineering au WDS (Photo Blablachars)

Susceptibles d'agir dans la zone indo-pacifique et plus particulièrement dans le sud-est asiatique très éloigné de l'Europe, les forces terrestres singapouriennes ont également perçu le besoin de donner à leur infanterie de nouvelles capacités mais aussi une protection accrue face aux nouvelles menaces. Une réorganisation intéressante menée tambour battant par une armée appuyée par une BITD locale performante. Le prochain défi posé aux industriels est celui de l'approvisionnement en énergie électrique des nombreux systèmes déployés sur le champ de bataille à partir d'engins appelés à devenir de véritables bases de rechargement, tout en devant être capables de conduire leurs missions traditionnelles.

Commentaires

  1. Apparemment, plus que "motorisé" c'est même du lourd, et du "mécanisé", et bien que n'y figure pas étrangement pas, sur la première infographie, leur famille de blindés "Bionix II" ! (Chenillés, évidemment.) 800 apparemment livrés, mais du fait plus "anciens" sans doute. Pour 170 Leopard2, etcetera, etcetera (Ils ont même les engins du génie qui vont avec !)), et un nombre relativement très important de "Bronco et autres Bv206 (Plus de 700.), pour un peu plus de 400 "Terrex" à roues, et autres "Rhino".
    https://en.wikipedia.org/wiki/Bionix_(family_of_armoured_fighting_vehicles)
    (Pour l'image.)

    Pour la réorganisation de l'infanterie, restons prudent ; beaucoup ont essayé, et ils ont eu des problèmes comme on dit (Tout cela ne relève pas de l'improvisation, ni moins encore de l'effet de mode passager, mais de l'expérimentation et de pratique sur le très long terme souvent et en conditions réelles de combat les plus exigeantes la plupart du temps.)
    Rien que sur l'organisation des sections de combat, trois groupes de sept hommes seulement c'était déjà très peu, et très léger, alors des "sections" de deux groupes de de six hommes... (C'est l'équivalent d'un groupe de combat des marines américains.)
    D'autant quand les retex les plus récent révèlent surtout régulièrement le manque d'infanterie quasi chronique dans les opérations occidentales de ces dernières décennies.

    En plein réarmement, voire armement tout court, modernisation et, montée en gamme, là bas aussi (!).

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  2. Bonjour ,tres interressant comme article .

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