Le blog complétement blindé qui fêtera dans quelques mois ses sept années d'existence ne peut résister au plaisir de partager la satisfaction éprouvée à lecture des différentes informations publiées depuis quelques semaines sur de multiples supports laissant penser que le char n'est pas mort ! Cette lecture des différents avis, posts, commentaires et autres analyses annonçant la fin de la suprématie du drone, le retour du char et de la manoeuvre, illustre parfaitement ce à quoi Blablachars n'a jamais cessé de croire et que le Général Weygand alors Directeur de l'Instruction à l’École de Cavalerie résumait en ces mots : "Arme de la décision la cavalerie et l'arme blindée aujourd'hui apportent aux opérations la combinaison du choc, du feu et du mouvement." Le char ne serait donc pas mort et la guerre du tout drones n'est pas encore à l'ordre du jour, contrairement à l'opinion exprimée par certains.
Alors que de nombreuses voix faisaient et font toujours du drone et des munitions rôdeuses l'alpha et l'oméga de tous les conflits présents et futurs dans lesquels le moindre blindé serait voué à une destruction certaine, l'armée de terre continue de cultiver le paradoxe en adoptant des matériels légers et souvent dépourvus de la moindre protection. La furtivité de ces moyens devant leur permettre d'échapper à ces menaces venues du ciel, tout comme leur déploiement en dehors de la kill zone, autrefois appelée zone des contacts. L'acquisition des camions Vampire dépourvus de toute protection et sur lesquels les servants de la pièce Mistral ou du canon de 20mm placés sur la plateforme sont exposés à tous les projectiles, illustre parfaitement ce paradoxe. Contrairement à ce certains peuvent penser, Blablachars n'est pas un ennemi de la roue et encore moins des engins légers, mais plutôt un adversaire du privilège qui leur est systématiquement accordé dans certains esprits. Comme l'interarmes, la complémentarité des moyens est indispensable à notre armée, le développement du segment médian ne doit plus se faire aux dépens de la composante la plus lourde. Cela a été le cas pendant de longues années, nous plaçant aujourd'hui devant un mur capacitaire plutôt haut et dont le franchissement s'avère très compliqué au vu des circonstances budgétaires actuelles.
Comme Blablachars l'a écrit récemment, le retour en grâce du char est lié à celui de la manoeuvre, consubstantielle à la guerre entre les hommes, dans ses formes les plus simples comme les plus complexes. Char et manoeuvre sont intimement liés car le char est le seul outil terrestre capable de combiner le feu et le mouvement, pour créer le choc, conquérir et tenir le terrain. Depuis son arrivée sur le champ de bataille au début du siècle dernier, le char n'a jamais cessé d'évoluer pour s'adapter aux nouvelles menaces, que furent l'obus charge creuse ou le missile antichar pour ne citer que les principales. Demain, le char que l'on disait condamné par la généralisation du drone s'adaptera pour continuer à tenir son rôle sur le champ de bataille et à son tour, piloter des équipiers téléopérés, lancer des munitions rôdeuses ou mettre en oeuvre un drone de reconnaissance. Le drone, ennemi du char pourrait demain devenir son meilleur allié, comme on a pu le voir récemment au cours de l'exercice mené la semaine dernière, par le 501ème Régiment de Chars de Combat.

Leclerc et drone le couple du futur ? (Photo l'Union)
Ce retour au premier plan des chars dans la manoeuvre donnerait-il raison aux armées qui ont investi (parfois massivement) dans la modernisation de leurs flottes blindées ? Il est probable que oui comme il est probable que ce regain d'intérêt s'accompagnera de l'arrivée de nouveaux engins nativement conçus pour ces nouveau modes de combat. Les fournisseurs occidentaux préparent cette nouvelle étape avec des projets comme le K3 de Hyundai Rotem, le M1E3 de General Dynamics, le Project 2032 allemand ou le CAPINT de KNDS France. Il est indispensable que cette évolution soit guidée et jalonnée par les militaires qui doivent définir aussi précisément que possible leurs besoins et ne pas laisser la main aux industriels ou aux politiques sur des sujets aussi importants. Le MGCS (Main Ground Combat System) constitue le parfait exemple du résultat que l'on peut attendre d'un engin de combat dont la première vertu était de répondre à des exigences politiques. Le combat blindé étant par essence interarmes, il ne faut pas laisser les autres composantes sur le bord de la route, il faut rhabiller le roi blindé en y associant l'infanterie, le génie, l'artillerie et bien sur la logistique. La France doit donc se doter d'un véritable écosystème blindé et ne pas chercher à acquérir vaille que vaille une ou deux centaines de chars pour pallier en hâte à l'obsolescence du Leclerc.
Nous avons raté le premier train qu'aurait pu être une véritable modernisation du char en choisissant de pratiquer une rénovation cosmétique complétée par des adaptations ponctuelles comme celle des viseurs Paseo prévue à partir de 2028. Nous ne devons pas rater le second train et pour cela entamer le développement d'une famille d'engins dont les différentes déclinaisons permettraient à l'armée de terre de disposer d'une véritable composante blindée mécanisée et qui sait de conquérir de nouveaux marchés export.
Alors oui, même si l'on ne peut que se réjouir de voir le char renaitre des cendres sous lesquelles de nombreux observateurs et experts l'avaient hâtivement enseveli, il convient de rester modéré dans notre enthousiasme. Cette satisfaction doit en effet être accompagnée d'une légitime circonspection à l'égard de la poursuite du "moment char" que nous vivons, qui pourrait enfin sortir cet engin du long hiver dans lequel plusieurs années de désintérêt l'ont plongé. Le défi est immense, mais il est à la portée des militaires et de nos industriels, il constitue une étape capitale pour l'avenir de notre segment de décision auquel beaucoup croient encore, convaincus que la guerre ne se réduit pas à un simple affrontement de drones. Soyez surs que Blablachars continuera de suivre cette voie et de porter haut et fort la parole blindée, AFV Conseil reste pleinement disponible pour partager avec tous ceux qui le souhaitent son éclairage sur les blindés actuels et leurs évolutions.

Ouai ... les cuirassés ont disparu, mais il y a toujours des navires de guerre... Vous la voyez l’analogie ?
RépondreSupprimerTout à fait !
Supprimer5 points majeurs du RETEX ukrainien, qui sont pris en compte pour faire évoluer la doctrine française.
De façon générale les chars lourds ukrainiens ne sont plus utilisés comme fers de lance pour réaliser des percées en masse des lignes adverses (« à la Panzerdivision »), mais comme des éléments à haute valeur ajoutée utilisés avec précision au sein d’un environnement très connecté.
Les ukrainiens leur assignent 5 rôles :
1) tir direct de précision longue distance lourd.
Les chars modernes disposent d’organes aptes au tir de précision destructif à plusieurs km. La désignation de la cible est le plus souvent faite par drone. Le char agit alors comme un vrai tireur de précision, bien dissimulé et tirant à un moment précis et opportun.
2) Substitut immédiat à l’artillerie tactique.
Les ukrainiens pratiquent,le tir indirect en lobe façon artillerie courte portée (avec cible désignée aussi par drone), avec l’avantage d’une mobilité instantanée face aux tirs de contre-batterie.
3) Support direct à l’assaut interarmes.
Les ukrainiens le pratiquent avec 1 à 2 chars max. (tiens tiens) chargés de produire du feu lourd pour supprimer immédiatement un point dur qui bloquerait un assaut par l’infanterie mécanisée. A noter qu’un tel dispositif d’assaut est toujours interconnecté et peut se renforcer rapidement par d’autres chars suivant la circonstance. Ce dispositif flexible est toujours accompagné chez les ukrainiens d’unités légères de guerre électronique et de brouillage (suivant le dogme maintenant généralisé chez eux « pas un pas sans brouillage »), d’équipes légères anti-drones ainsi que de techniciens intégrés aux équipes d’assaut.
4) Bréchage et anti-mines d’assaut.
Le char porte un dispositif anti-mines à l’avant et ouvre un corridor d’assaut pour l’infanterie mécanisée (NB rôle du génie d’assaut dans la doctrine française).
5) Véhicule support pour bulle mobile anti-drones.
Le char utilise son équipement de protection anti-drones (brouilleurs, cage étendue etc) adapté pour créer une petite bulle mobile de protection anti-drones de proximité, au bénéfice des fantassins qui progressent avec lui.
Comme vous le rappelez la France n’a ni les mêmes enjeux ni les mêmes contraintes qu’eux. Mais l’AdT s’inspire évidemment de ce qu’ils font bien et l’adapte, en tirant parti notamment de SCORPION pour gagner en résilience par la flexibilité sans perdre l’impact.
Blablachars l’a écrit :
Supprimerhttps://blablachars.blogspot.com/2026/09/des-adaptations-synonymes-de-survie.html
La cavalerie de l’armée française effectuait des tirs indirects avec ses chars... il y a 50 ans :
Supprimerhttps://blablachars.blogspot.com/2026/09/une-journee-du-patrimoine-instructive.html
Belle trouvaille au musée des blindés du taulier du site Blablachars, le blog complètement blindé!
S'il est nécessaire de ne pas tomber dans un extrême ou le drone fait tout et le char est mort il ne faut pas non plus tomber dans l'extrême inverse où on va s'exciter à la moindre déclaration concernant le char en disant que le drone est mort.
RépondreSupprimerAvoir son point d'attention et d'intérêt sur un sujet, c'est comme les algorithmes des réseaux sociaux, vous finissez par voir uniquement ce qui vous intéresse et à retenir et citer ce qui va dans votre sens.
Dans les faits on est plus sur de l'exceptionnel que sur un revirement, rappelons qu'on est dans la logique de trouver une solution aux retards du MGCS, donc il y a du questionnement. Mais il ne s'agit nullement d'acquérir massivement des chars ou d'autres blindés, de minimiser ou ignorer les drones.
En Ukraine, on vient mettre en avant un combat qui a vu l'engagement de chars et ça doit remettre tout le conflit en question. Mais quand c'est un cas sur l'année, cela devient de l'exceptionnel et non le quotidien, le retour en grâce du char ou l'aveu de son efficacité.
À force de se battre quotidiennement pour seulement dire que le char est toujours là, le débat devient assez puéril et stérile. On a l'impression d'être un peu sur les réseaux sociaux ou tout le monde veut avoir raison sur tout le monde, on s'enferme dans des bulles avec des gens qui pensent comme nous, des infos triées pour ne garder que ce qu'on veut entendre et croire.
Ce n'est absolument mon propos ni ma pensée, je suis un partisan convaincu de la complémentarité entre la roue et la chenille et demain entre le blindé et le drone ! je ne souhaite pas avoir raison à n'importe quel prix, je souhaite simplement que le débat existe et perdure, car de ces échanges naitra probablement les solutions attendues. Dans ce post, je constate simplement qu'après de longues années de mise sous le boisseau, nombreux sont ceux qui observent un rééquilibrage de la situation, car plus qu'ailleurs la victoire dans un conflit n'a jamais appartenu à une arme particulière ou un matériel spécifique, mais elle est obtenue par une combinaison optimale des différents moyens mis en oeuvre. Enfin, je ne suis enfermé dans aucune bulle, ni aucun dogme mais reste attaché à promouvoir l'engin qui reste encore aujourd'hui le seul capable de combiner feu, mobilité et protection. Merci en tous les cas de contribuer au débat avec votre commentaire.
SupprimerIl faut bien des engins à forte mobilité tactique (chenillés) et capables de porter et protéger raisonnablement des personnels, systèmes et armements pour saisir et occuper le terrain…
RépondreSupprimer"...nombreux sont ceux qui observent un rééquilibrage de la situation ...". où avez vous vu cela ? certainement pas en Ukraine ! cela ne veut pas dire que cela n'arrivera pas, mais il est plus facile et moins coûteux de multiplier par 10 ou même 100 les drones & MTO, et de les rendre plus intelligents er plus autonomes, que d'améliorer la défense des blindés !
RépondreSupprimerL'Ukraine n'est pas l'alpha et l'omega de la guerre moderne, c'est une guerre d'usure fortement statique. Autant dire que c'est idéal pour les drones.
SupprimerSi elle est riche d'enseignements divers d'une grande importance (combat mais aussi beaucoup logistique), il ne faut pour autant pas oublier qu'une guerre de haute intensité peut aussi être de mouvements, et là, le char est prépondérant.
Blablachar à parfaitement raison de dire que le char renait après 20 ans de quasi abandon par de nombreux pays dont la France, c'est juste factuel, et aussi de souligner comment le char peut évoluer et se renforcer en synergie avec d'autres matériels dont les drones.
Le constat me semble des plus juste, sans partisanisme, et je le partage.
Corentin.
Par exemple quelle guerre de haute intensité ? Je ne prétend pas que le char est définitivement mort, je conteste simplement l'observation d'un rééquilibrage
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