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lundi 30 mars 2020

LA GENDARMERIE BLINDEE


Le remplacement des vénérables Véhicules Blindés à Roues Gendarmerie (VBRG) pourraient avoir lieu dans un avenir assez proche. Plusieurs projets sont en lice pour mener à bien cette opération qui permettrait à la Gendarmerie Nationale de conserver une composante blindée moderne et adaptée. Si cette dernière est peu connue, elle peut néanmoins se prévaloir de traditions et d'une histoire glorieuse à l'instar des formations blindées de l'armée de terre.

Cet article est aussi une façon pour blablachars de rendre hommage à la Gendarmerie Nationale en ces temps difficiles.


Les débuts.
Le char d'assaut engagé pour la première fois au cours de la première Guerre Mondiale est adopté par de nombreuses forces dans le monde, comme le prouve le succès à l'exportation du char Renault FT 17. Il équipe également plusieurs unités de l'armée française mais aussi de la Gendarmerie Nationale. Cette dernière en a intégré dès 1933  plusieurs exemplaires au sein du Groupe Spécial Autonome de Garde Républicaine mobile, stationné à Satory. La proximité de Paris permet d'envisager d'utiliser cette unité en cas d'événements graves dans la capitale. En 1934, cette unité est rattachée à la 1ère Légion de Garde Républicaine Mobile et rebaptisées pour l'occasion Groupe Spécial de Garde Républicaine Mobile. Ce changement de nom n'a pas modifié la structure de l'unité qui est composée de deux compagnies de chars et d'une compagnie d'auto-mitrailleuses. Les deux compagnies de chars, 1ère et 2ème Compagnie comptent chacune trois pelotons de six chars FT17. Dans chaque peloton quatre engins sont équipés du canon de 37mm tandis que les deux autres sont équipés d'une mitrailleuse de 8mm. La 3ème Compagnie, équipée d'automitrailleuses comprend quatre pelotons dotés d'automitrailleuses , de Citroën Kepresse P28, Panhard Schneider P16 et White TBC.
 
Char Renault FT 17
AM Citroën Kegresse P28
AM Panhard Schneider P16
AM White TBC


Le Groupe devient le pionnier dans le domaine d'emploi des blindés pour le maintien de l'ordre en coordination avec les autres unités de gardes mobiles. Cependant les limites de l'exercice sont vite atteintes avec des matériels très anciens et quasiment dépassés, une doctrine inexistante au sein de la Gendarmerie entrainant de facto une raréfaction des entrainements en unité constituée. Cette situation perdure jusqu'à la déclaration de guerre, dans laquelle la Gendarmerie Nationale va engager ses blindés aux côtés de ceux de l'armée de terre.

Le 45ème Bataillon de Chars de Combat de la Gendarmerie.








La Gendarmerie nationale créé dès le mois de novembre 1939, le 45ème Bataillon de Chars de Combat de la Gendarmerie (BCCG) à partir de personnels du Groupe Spécial renforcé d'équipages et soldats du 505ème Bataillon de Chars de Combat stationné à Vannes. L'armée française qui sort d'un long hiver doctrinal à l'abri de la ligne Maginot considère le char comme un outil destiné à appuyer l'infanterie et tarde à créer de grandes unités autour d'un élément blindé. Ce n'est qu'à partir de 1936 que l'idée de création des Divisions Cuirassées de Réserve (DCR) est acceptée par le Général Gamelin. Le 45ème BCCG est intégré à la 3° division cuirassée à partir de la création de celle-ci le 20 mars 1940. Aux côtés du 45eme BCCG, on trouve le 41ème, le 42ème et le 49ème Bataillon de Chars de Combat (BCC), le 16ème Bataillon de Chasseurs Portés (BCP) et le 319ème Régiment D'artillerie à Tracteurs Tout Terrains (RATTT). Rassemblée dans la région de Mourmelon elle est engagée le 11 mai 1940 en dépit d'un déficit de 50% de véhicules de combat de l'infanterie, de moyens logistiques et surtout d'entrainement et de cohésion. Equipé de chars Hotchkiss H39 armés d'un canon de 37mm, le 45ème BCCG aux ordres du Chef d'Escadron Bezanger combat devant les localités de Stonne et de Sy face à la 10ème Panzer Division. Durant quatre jours au cours desquels le village de Stonne change 17 fois de mains, le 45ème BCCG perd 40 chars sur 45. Dix jours plus tard, reconstitué le bataillon est engagé à Tannay, puis à Perthes après une nouvelle reconstitution et enfin est encerclé à Tavernay. Le 45ème BCCG a combattu a perdu en 37 jours de combat plus de 30 hommes et a été reconstitué deux fois. Dissous, ses effectifs sont répartis entre Satory et différentes unités de la Garde conformément aux dispositions fixées par l'Armistice. En 1947, le 45ème BCCG sera cité à l'ordre de l'armée pour son action au cours de cette période.
L'après guerre 
                                     












Comme toute l'armée française au sortir de la guerre, la Gendarmerie Nationale est équipée de matériels américains. Devenu 2ème groupe de la 23ème Légion de garde républicaine mobile, l'unité blindée est dotée de chars Sherman de différentes versions. A partir de 1951 les Sherman A1 et A1E8 plus performants sont regroupés en deux escadrons blindés. La Gendarmerie conservera des chars de ce type jusqu'en 1962. A côté de ces chars regroupés au sein d'une seule unité, on trouve dans chaque escadron des moyens blindés. La Gendarmerie Nationale qui est engagée sur les différents théâtres d'opérations développe une véritable composante blindée dans laquelle on trouve tous les matériels américains en service au sein des unités blindées de l'armée de terre, comme les automitrailleuses M8 et M20, les halftracks en ce qui concerne les moyens faiblement blindés et à roues.  
A côté de ses Sherman, la Gendarmerie Nationale possède aussi d'autres chars à savoir des M24 Chaffee. On les trouve au sein d'escadrons appelés "mixte-chars" ; chaque Légion de Gendarmerie Mobile provinciale compte un escadron de ce type. Au sein de cet escadron, un peloton est équipé de cinq chars M24. Les personnels sont formés à l’École de Cavalerie à Saumur avant de rejoindre leurs unités. Le soutien technique de ces matériels est assuré par les formations du Matériel de l'armée de terre.
On trouve également dans l'inventaire blindé de la Gendarmerie Nationale des chars M3 Stuart dont un peloton est employé au Cambodge au sein de la 2ème Légion de Garde Républicaine Mobile de 1950 à 1952. Quelques obusiers M8 et des Bren Carrier complétent ce parc blindé. Le 1er groupe blindé de garde républicaine devient le 1er groupement blindé de gendarmerie mobile en 1954 quand la garde républicaine devient la gendarmerie mobile. Les équipements d'origine américaine sont progressivement remplacés par des matériels français dès la fin de la Guerre d'Algérie.

La guerre froide et la Défense Opérationnelle du Territoire. 

Les premiers AMX 13 arrivent à Satory dès 1962 en remplacement des Sherman. 36 exemplaires de la version équipée d'un canon de 75mm sont répartis au sein de deux escadrons. Les AMX 13 VTT destinés à remplacer les halftracks arriveront au sein de l'unité en 1972. Aux missions habituelles de la Gendarmerie Nationale, un décret du 24 février 1962 en ajoute une nouvelle, à savoir la Défense Opérationnelle du Territoire ou DOT. Selon ce texte, modifié en 1973 la DOT est une des formes de la défense militaire destinée, en liaison avec les autres forces de défense militaire et avec la défense civile à assurer la liberté et la continuité d'action du Gouvernement ainsi que la sauvegarde des organes essentiels à la défense de la nation. Au fil des années la Gendarmerie prend une part croissante dans la DOT avec 207.000 dont la moitié de réservistes pouvant être engagés au sein d'escadrons de Gendarmerie Mobile de réserve et aussi dans la mission de collecte du renseignement, confiée à la Gendarmerie à partir de 1985.
C'est dans le cadre de cette mission qu'en 1970 les premières AML 60 et 90 rejoignent le Groupement Mobile. Plus souples d'emploi et plus mobiles ces engins conviennent parfaitement aux missions de DOT. Cependant la capacité blindée chenillée n'est pas abandonnée avec l'arrivée en 1972 des AMX13 VTT destinés à remplacer les halftracks vieillissants.

Les matériels actuels. 

C'est au début des années 70 que les matériels actuels sont définis et commencent à entrer en service. 

Le VXB 170 conçu par Berliet dans les années 60 est en fait le concurrent malheureux du marché d'équipement de l'armée de terre remporté par le VAB de Saviem qui rentrera en service à compter de 1976. Le VXB 170 devenu VBRG ou Véhicule Blindé à Roues de la Gendarmerie commence à équiper les unités blindées à partir de 1974.

La Gendarmerie Mobile possède aujourd'hui 84 exemplaires de cet engin dont le Général Lizurey avait rappelé aux parlementaires qu'il "était né avec la 4L". Le VBRG est aujourd'hui décliné en 4 versions. VBRG de base, version « lame » avec un boutoir à commande hydraulique à l'avant ; version « treuil » dotée d'un treuil à l'avant et une version « PC » dotée de moyens radios renforcés, d'une tablette et d'un haut-parleur. 

Le remplacement des AMX 13 canon de 75 est effectif à compter de 1982 avec l'entrée en service du Véhicule Blindé Canon 90 ou VBC 90 dont 32 exemplaires équipent le Groupement blindé jusqu'en 2004. Basé sur un châssis de VAB, le VBC 90 est équipée d'une tourelle électrique abritant un canon rayé GIAT de 90mm à haute vitesse initiale (1300 m/s). Doté d'une excellente mobilité, d'une bonne autonomie cet engin peut emporter 27 obus de 90mm et effectuer des missions de reconnaissance à longue distance.

A ce parc il convient de rajouter les vingt VAB utilisés par la Gendarmerie Nationale à partir de 2009 en Afghanistan pour les missions de Police Operational Mentor and Liaison Team (POMLT). Quatorze de ces véhicules ont surblindés dans le cadre de leur déploiement su ce théâtre. Cette mission s’est achevée avec le désengagement des troupes françaises à partir de 2012.

Comme on peut le constater dans cette rapide évocation des blindés dans la Gendarmerie Nationale, cette composante a toujours conservé un équipement proche de celui des unités de l'armée de terre et de la Cavalerie. Aujourd'hui pour remplir ses missions "blindées" la Gendarmerie Nationale s'appuie sur des engins plus âgés que les VAB de l'armée de terre dont le remplacement a commencé en 2019 par la livraison des 92 premiers Griffon. Quelles solutions s'offrent à la Gendarmerie Nationale pour maintenir son parc blindé à niveau ? 

Et demain ? 

Le ministre de l'Intérieur au cours d'un déplacement à Saint Astier a rappelé son intérêt pour le maintien de la capacité blindée. 
A ce jour, trois possibilités ont été identifiées pour le   renouvellement du parc blindé de la gendarmerie, à savoir trouver un véhicule adapté au meilleur prix,  remettre à niveau tout ou partie des VBRG et adapter des VAB cédés par l'armée de terre, et  enfin une solution mixte, avec l'acquisition de nouveaux matériels et la rénovation de certains VBRG. L’ancien directeur de la gendarmerie, le Général Lizurey, semblait favoriser l'opération de rénovation des VBRG. Avec un cout unitaire avoisinant les 250 000 euros, ce programme serait mené sur plusieurs années, à raison de cinq à six véhicules par an. Pour ce prix le VBRG recevrait un nouveau moteur IVECO associé à une nouvelle transmission. La climatisation serait également changée et les différents systèmes révisés et remis à neuf. Cette opération a le mérite d'être compatible avec le budget alloué à la Gendarmerie pour ce renouvellement. A côté de ces véhicules spécifiques, des VAB acquis auprès de l'armée de terre  seraient "gendarmisés " pour être déployés dans les implantations ultramarines de la Gendarmerie Nationale dans lesquelles la moitié des 84 VBRG en service est employée de façon quasi permanente. Ces deux projets ont été concrétisés l'année dernière par la livraison de prototypes de ces deux véhicules. 
Le départ du général Lizurey a redonné un peu d'espoir aux industriels français qui ont remis en avant leurs propositions mettant en avant deux véhicules différents.

Le Sherpa 
Le Sherpa utilisé par le Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale dans une version adaptée et également prêté au RAID pour l'Euro 2016 est proposée  par Arquus dans une version Station Wagon affichant un PTAC de 11 tonnes, assez proche des 10,7 tonnes affichées par le VBRG lame. Le Sherpa peut embarquer 5 personnes et être équipé de différents éléments spécifiques et adaptés au missions de sécurité intérieure. Le prix unitaire de ce véhicule dans une configuration de ce type se situerait selon plusieurs sources aux alentours de 300 000 euros, que l'on ne peut manquer de comparer au prix unitaire de la rénovation d'un VBRG. Outre son prix, le Sherpa affiche une grande polyvalence qui permettrait à la gendarmerie de l'utiliser dans les différentes missions confiées en métropole et outre mer avec tous les avantages d'un véhicule neuf en termes de maintien en condition et de cout de possession. En outre le renouvellement du parc blindé avec le Sherpa permettrait de finaliser cette opération dans des délais moindres que ceux prévus pour la rénovation des VBRG.

Le Serval Gendarmerie

Nexter qui produit le Titus dont la Police Nationale utilise des exemplaires propose une version spéciale du Serval, ex Véhicule Blindé Modulaire à Roues (VBMR) léger. Avec un poids se situant entre 15 et 17 tonnes selon les versions, le Serval serait plus lourd que son concurrent. Le Serval peut embarquer 8 hommes plus 2 à l’avant. Les 2000 exemplaires du blindé léger, commandé dans le cadre du programme Scorpion, devraient commencer à être livrés à partir de 2022 pour remplacer (partiellement) le VAB en complément du Griffon et du VBL. Le prix de cet engin n'est pas connu mais étant inclus dans une série plus vaste, on peut penser qu'il resterait compatible avec les exigences budgétaires de la Gendarmerie. La relève des VAB est pour l'armée de terre une opération majeure et indispensable ; dans ce cadre il n'est pas certain qu'une éventuelle commande de la Gendarmerie soit honorée dans des délais compatibles avec l'âge également canonique des VBRG. Comme le Sherpa ce véhicule moderne permettrait à la Gendarmerie de remplir ses différentes missions grâce à une grande polyvalence.


Les deux véhicules proposés pour un éventuel remplacement des VBRG sont finalement assez proches. Ils représentent tous les deux une réponse moderne et adaptée aux besoins et aux missions de la Gendarmerie. Les caractéristiques de ces deux véhicules les rendent aptes aux missions en métropole, outre-mer mais aussi sur les théâtres d'opérations dans le cadre d'actions de type POMLT. Ces deux véhicules étant blindés et pouvant recevoir différents types d'armement et de capteurs. Une première décision concernant le remplacement des VBRG était attendue pour le premier trimestre 2020. Les événements actuels impacteront sans doute cette programmation, comme celle du programme Scorpion. Une solution mixte combinant rénovation et achat de véhicules neufs pourrait permettre à la Gendarmerie Nationale de conserver une capacité blindée crédible et adaptée à ses missions.

11 commentaires:

  1. Enfin du neuf sur ce dossier:
    https://forcesoperations.com/plf-2021-la-gendarmerie-renouvellera-enfin-ses-blindes/

    Dire que tout cela a commencé par des tâtonnements pendant la première guerre mondiale:
    https://blablachars.blogspot.com/2020/09/creation-de-lartillerie-speciale.html

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    1. Ce ne sera pas un remplacement nombre pour nombre:
      https://lessor.org/a-la-une/la-gendarmerie-vise-45-nouveaux-blindes/

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  2. Dans un tout autre registre, l'entreprise Technamm a fait quelques véhicules "blindés" 4x4 pour la Gendarmerie nationale, visibles en Nouvelle-Calédonie:
    https://lessor.org/a-la-une/nouvelle-caledonie-de-nouveaux-vehicules-blindes-fignoles-par-technamm/

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  3. L'aspect militaire de certains aspects du maintien de l'ordre nous renvoie à notre passé, mais aux États-Unis cela fait polémique et pas seulement à cause du matériel:
    http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2020/06/03/le-programme-1033-21213.html

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  4. Enfin, normalement une évolution en 2021...
    https://forcesoperations.com/blindes-de-la-gendarmerie-la-fin-dune-arlesienne/

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  5. L'entreprise Turgis et Gaillard n'a pas dit son dernier mot:
    https://lessor.org/a-la-une/dans-les-coulisses-de-la-renovation-des-vehicules-blindes-de-la-gendarmerie-video/

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  6. Merci pour cet article, un mot manquant sur le paragraphe concernant la DOT :
    Au fil des années la Gendarmerie prend une part croissante dans la DOT avec 207.000 ..... dont la moitié de réservistes pouvant être engagés au sein d'escadrons de Gendarmerie Mobile

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  7. Petite info événementielle, il y a tout de même du véhicule blindé dans la manifestation:
    http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/05/05/le-musee-de-melun-conserve-la-memoire-mecanique-de-la-gendar-22115.html

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    1. Une jolie petite collection en effet!
      https://www.largus.fr/actualite-automobile/les-vehicules-insolites-des-reserves-du-musee-de-la-gendarmerie-10667413.html

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  8. Inauguration du mémorial des moblos à Saint Astier:
    https://lavoixdugendarme.fr/index.php/2021/05/27/dans-leur-maison-mere-de-saint-astier-le-vibrant-hommage-du-major-general-aux-moblots-pour-leur-centenaire/

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    1. Il y a deux passionnés qui ont fait un jeu vidéo sur le maintien de l'ordre (effet gilets jaunes?):
      https://lessor.org/a-la-une/escadron-un-jeu-video-qui-simule-le-maintien-de-lordre-des-gendarmes/

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