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vendredi 14 janvier 2022

MGCS : DU RIFIFI AUTOUR D'UNE ARCHITECTURE !

Le quotidien la Tribune dans son édition d'hier pose la question de l'accueil éventuel d'un quatrième partenaire au sein du programme MGCS. Cette question posée à propos d'un programme qui n'en finit plus de connaitre des rebondissements politicos-industriels suscite quelques réflexions sur la nature, l'identité et la légitimité de ce potentiel nouveau venu dans le programme. Le débat franco-français qui s'annonce et qui rajoute à la confusion existante doit être tranché dans les meilleurs délais pour permettre à la France de conserver sa crédibilité dans le programme. 

Le titre de l'article pourrait laisser penser que le nouveau partenaire envisagé au sein du programme franco-allemand serait être un quatrième pays, qui rejoindrait le projet après l'Italie, qui bien que n'ayant toujours pas officiellement déclaré sa flamme au MGCS a déjà pour lui les yeux de Chimène. L'éventuel rachat d'Oto Melara par KNDS serait une manière de concrétiser l'entrée de l'industrie de défense italienne dans le programme franco-allemand. Mais ce quatrième partenaire évoqué par le quotidien économique n'est pas un pays mais un industriel, démontrant au passage la prééminence de ces acteurs dans le programme. Depuis son lancement, ceux-ci sont à l'origine de la majorité des péripéties et accrocs subies par le projet et cette nouvelle querelle portée sur la place publique abime encore un peu plus une réputation déjà peu flatteuse ! Il serait temps de remettre en perspective l'enjeu majeur du programme, qui vise à produire un char destiné à affronter et vaincre ses adversaires dans un éventuel conflit. Le MGCS a pour finalité la conception, le développement, la production et la mise en service d'un système de combat terrestre et non celle de mettre sur pied un mécano industriel destiné à préserver les susceptibilités existantes. 

Mais pourquoi parler de quatrième partenaire, alors que l'on nous vante depuis 2015 l'existence de la société KNDS comme acteur unique, numéro 1 dans les chars de combat dont l'objectif est de développer un remplaçant au Leopard 2 et au Leclerc, donc le MGCS ! Il existe aujourd'hui deux partenaires au sein de ce programme, un ensemble mixte franco-allemand, KNDS et une entité privée allemande, Rheinmetall ayant rejoint le programme dans les conditions que l'on connait. Cette lecture est évidemment différente de celle habituellement adoptée pour le programme ; elle a cependant le mérite de renforcer le socle franco-allemand du projet par la reconnaissance de KNDS comme maison commune et lieu d'arbitrage des inévitables débats relatifs au programme !

L'opportunité de ce nouveau débat est fournie par la prochaine étape du programme (IA2) qui doit mettre en place la MILSA (MGCS Industrial Lead System Architecture) visant à mettre en cohérence et intégrer les différents systèmes, sous-systèmes et systèmes de systèmes existant actuellement dans le programme MGCS. Selon la Tribune, la mise en place de ce concept éveille donc des craintes, des ambitions et attise le feu de la querelle au sein des "partenaires" engagés dans le programme. Au chapitre des craintes, celles des militaires allemands est mentionnée, en revanche l'existence d'éventuelles réticences françaises n'est pas évoquée, alors qu'il serait peut-être judicieux de ne pas laisser la parole aux seuls tankistes d'outre-Rhin sur le sujet. Au rayon des ambitions, l'offre est plutôt abondante tant en quantité qu'en qualité ! Pour l'attribution de MILSA, ce ne sont pas moins de quatre prétendants au titre qui s'affrontent dans un programme qui ne compte officiellement que trois partenaires. Au-delà de la qualité des prétendants dont Blablachars ne possède pas les compétences pour juger, il est remarquable de constater que l'essentiel de la querelle n'est pas transfrontalière, mais bien franco-française. Sur les quatre sociétés en lice, trois sont françaises et nourrissent des ambitions qu'elles estiment légitimes pour le franchissement de cette étape. Au premier rang figure Nexter que l'on ne présente plus et qui revendique l'attribution de MILSA en raison de ses compétences dans le domaine de la couche basse, la couche combat ! Second acteur mais promu par le premier, la société TNS Mars créée en 2007 par les sociétés Thales, Nexter et Safran pour l'architecture du programme Scorpion. Programme sur lequel s'appuie Thales, le troisième prétendant  pour légitimer sa candidature, mettant également en avant ses compétences de systémier électronicien dans Scorpion. Enfin le quatrième candidat, Rheinmetall regarde cette querelle si gauloise en estimant que sa légitimité pour se voir attribuer MILSA est identique à celle qui lui a permis d'entrer en force dans le programme MGCS en 2018. 

Si l'on considère que les deux partenaires existant dans le programme sont KNDS et Rheinmetall, cette dernière devient mathématiquement hors-jeu et le nouveau partenaire doit être une société française. La firme allemande, consciente d'avoir réalisé le coup du siècle en 2018, ne cesse depuis cette date de promouvoir ses solutions et de revendiquer des responsabilités en espérant que chaque décision lui permette d'augmenter sa part dans le programme. Il est urgent de rééquilibrer le programme en attribuant MILSA à une firme française. Pour cela, il faut trancher le débat au sein de la BITD nationale dans les meilleures conditions et surtout loin de la place publique. Pour se motiver, nos industriels pourront s'interroger sur le nombre de marchés perdus en raison d'affrontements entre coqs gaulois face à des concurrents qui n'en demandaient pas tant ? Est-il déraisonnable d'envisager de voir nos industriels française s'accorder sur le sujet ? Peut-on envisager de voir nos industriels présenter et promouvoir une solution française unique et cohérente qui puisse mettre un frein aux ambitions de Rheinmetall dans le programme ? Si la France veut confirmer et renforcer sa position dans le programme MGCS, nos industriels doivent s'unir. Scorpion a permis de fédérer les grands acteurs français de la défense terrestre avec la création de TNS Mars et surtout du GME (Groupement Momentané d'Entreprises) en charge des véhicules du programme. Le MGCS ne mérite-t'il pas une union similaire ? Dans le cas contraire, les industriels impliqués seront les seuls responsables de leur échec dans cette étape et ne devront pas se plaindre de la main-mise allemande sur ce programme. Les utilisateurs finaux attendent un minimum de cohésion nationale autour d'un projet sur lequel ils fondent de grands espoirs.

12 commentaires:

  1. Vivement le Leclerc2, dans cinq ans.
    Là cela serait 100 % français, on a, encore, les savoirs-faire : profitons on, avant qu'ils ne soient absorbés et ne disparaissent chez nous.

    PS : On n'arrivera jamais à comprendre ce besoin d'inféodation et de soumission qui imprègnent certains de nos politiciens aujourd'hui.
    surtout pour en plus construire des usines à gaz comme on a déjà eut auparavant (Eurofitgher, A400, drones, etc...) ?

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  2. J'espère qu'on va faire comme le rafale, franco-français et basta !

    Un GME c'est plusieurs entreprises qui sont responsables pour un programme ? Mais c'est pas mieux quand il y a qu'un seul chef ? (Avec des sous-traitants d'autres entreprises bien sûr...)

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  3. Pas d'affolo. Ça va finir en eau de boudin, le char franco-allemand est une chimère. Trop de différences culturelles dans l'ingénierie. Airbus ça a marché car c'était un secteur industriel à défricher pour battre Boeing. Sur le char, nos deux pays ont une culture "ancestrale" donc des bases et des attentes différentes voire antagonistes. Si à cela, on met les industriels aux commandes qui ne raisonnent que part de marché, alors c'est encore plus perdu d'avance. Quelle naïveté! A la rigueur partons avec les coréens qui ont copié le Leclerc.

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    1. Espérons le.
      En attendant c'est autant de temps que nous aurons encore perdu, pour concurrencer le Léopard, et, le K2.
      K2 en effet comme vous dites en grande partie inspiré et copié, sur le Leclerc, il y a vingt ans (on marche vraiment sur la tête, depuis plusieurs décennies en matière d'équipement de défense terrestre en particulier.)...

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  4. tous les pays sont devant le même constat (France Espagne Allemagne Italie) comment faire un produit Nationale quand les volumes demandés souhaités de chars sont ridicules?: France 200 MBT, Allemagne 200 MBT Espagne 100 MBT? Italie 200 MBT?

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    1. Pas 200 :
      1 400 châssis lourds de nouvelle génération (pour au moins, une vraie division blindée complète française, à minima !!!!!), caisse haute et caisse basse (moteur à l'avant (comme le MarkavaIV)), dont certains avec une tourelle "Terminateur" (avec 140 mm), dans un premier temps (bon sang de bonsoir !).
      Ceci pour la seule armée française, plus tous les nombreux autres modèles (de chars, mais aussi VCI, nouvelle tendance, automoteurs, etcetera, etcetera, que nous pourrons alors à nouveau, vendre, en Europe, et ailleurs, bon sang de bonsoir.
      Tout en commençant à réindustrialiser aussi, réellement un peu notre pays !!!

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  5. Attention aux interfaces contractuelles! Avec des systèmes d'armes de plus en plus complexes, les interfaces techniques sont le risque principal lors de l'intégration des sous-systèmes. Si en plus c'est pollué par des luttes intestines contractuelles et bien...vous avez le monde anglo-saxpn avec l'Ajax.

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    1. On sait en effet parfaitement, ce que cela a donné avec leurs précédentes productions "européiste" (Eurofitgher, A400m, NH90, etc...). Mais on continue quand même...
      Car on est là, de la part de nos dirigeants actuels, dans l'idéologie pure ("coute que coute" même, y compris les dernières vraies industries françaises.) ; quand d'autres (comme les allemands, par exemple.) sont plus dans le pragmatisme, le calcul (pas forcément le meilleur d'ailleurs, même pour eux.), et une vision à plus long terme surtout (nous c'est toujours la naïveté confondante, comme pour nos sous-marins on finira encore par l'avoir dans le fondement (désolé, en l'occurrence je ne vois pas d'expression plus adaptée.)).

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  6. La France a tout à perdre dans le MGCS, car les Allemands s'opposeront à toutes ventes du char si elle n'est pas pour un Pays qui leur convient (ont le vois dans leur refus d'un moteur pour l'Altay Turc, et bien d'autres interdiction d'exportation) et il en sera de même pour le SCAF.
    Gardons notre indépendance et fabriquons Franco-Français.

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    1. Elle surtout, plus encore (impactant), à perdre ses savoir-faire traditionnels, ancestraux, et ses dernières vraies industries, celles de défense, jusqu'ici protégées de leur folie de part leur spécificité (autrefois !!!).
      C'est tout l’enjeu de fond de ces "européanisations" (germanisations pour l'essentiel, idéologiques à courtes vues encore (aveugles même.).).

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  7. Il y a plus de rebondissements que dans Game of Thrones avec le MGCS:
    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/mgcs-chars-du-futur-et-si-le-programme-franco-allemand-accueillait-un-quatrieme-partenaire-900032.html

    Un char de combat a de nombreux rôles qui ne peuvent être circonscrit au combat du char contre un char.

    *La véritable question dans cette affaire est celle-ci:
    Une fonction non prééminente doit elle dicter les caractéristiques de notre futur char ou doit on les définir en fonction des emplois les plus courants ou les plus probables ?

    Le coût des armes occidentales est souvent grevé par la satisfaction de performances marginales pour faire plaisir à des intérêts particuliers qui n’ont rien à voir avec l’intérêt militaire de la chose…

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    1. Vivement le Leclerc2, "utilisable", en juste suffisance technique, dans cinq ans !!!!!! VIIIIITE.

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