Un article publié hier par le média allemand Hartpunkt.de devrait dissiper les derniers doutes de tous ceux qui croient encore au MGCS (Main Ground Combat System) et voient dans cette solution l'avenir de la composante blindée française. Cette publication intervient au lendemain de la présentation à la Commission Affaires Étrangères/Défense du Sénat par Léo Peria Peigné des conclusions de ses récents travaux sur l'avenir du char et le remplacement des lance-roquettes multiples français. Ces dernières semaines, Berlin a multiplié les messages destinés à faire comprendre à la partie française que la coopération franco-allemande n'était pas indispensable au bon développement des projets FCAS (Future Combat Aircraft System) / SCAF (Système de Combat Aérien Futur) et MGCS (Main Ground Combat System)
Signaux faibles
Après l'avalanche de commandes de ces dernières semaines, qui semblent ignorer les difficultés de la Bundeswehr dans le domaine des ressources humaines, le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephula a jugé insuffisants les efforts de la France pour augmenter ses dépenses de défense. La volonté annoncée du gouvernement allemand d'acquérir 25% du capital de KNDS a confirmé les ambitions de Berlin d'occuper une position dominante dans le paysage de l'industrie d'armement terrestre européenne. Cependant, et contrairement à ce que Blablachars avait écrit, le gouvernement allemand chercherait plutôt à freiner les ardeurs de Rheinmetall et à limiter ses ambitions dans les futurs projets portés par Berlin. Les succès de la firme de Düsseldorf en Australie, en Hongrie ou encore en Italie restent cependant largement soutenus par le gouvernement allemand comme le montre le récent rapprochement germano-italien. La firme de Düsseldorf reste cependant sur les rangs pour fournir un certain nombre de briques qui pourraient être utilisées pour un futur char allemand.
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| Photo Facebook |
L'article de Hartpunkt.de a le mérite de dire (enfin) tout haut ce que tout le monde pense tout bas, à savoir que l'Allemagne ne serait pas dépourvue en cas d'arrêt du MGCS. L'existence pour ne pas dire la domination du Leopard 2A8 permettrait à l'Allemagne de ne pas partir de zéro pour un futur engin, dont le développement aurait même déjà commencé avec le Leopard 2A RC-3.0, sans oublier d'autres acteurs de la BITD allemande comme Hensoldt. Outre cette assertion, l'article exprime également de sérieux doutes sur le mantra "de système de systèmes" tel qu'il nous est promis depuis de longues années par les thuriféraires du programme franco-allemand. La tendance serait plutôt à la sélection d'un châssis commun pouvant servir de base au développement d'une famille de blindés. Si cet article ne peut pas être considéré comme l'expression de la position officielle des autorités allemandes, il confirme cependant ce que Blablachars écrit depuis de longues années au sujet de ce programme, qui semble aujourd'hui vivre ses dernières heures d'existence. Depuis son lancement en 2012, le projet franco-allemand a fourni un alibi en béton à tous ceux qui ont refusé d'envisager le lancement du moindre projet de char ou de réelle modernisation du Leclerc, tous deux sacrifiés sur l'autel du MGCS. L'impasse dans laquelle ces responsables nous ont engagés est désormais en train de se rétrécir considérablement, nous rapprochant d'une issue que beaucoup n'ont pas voulu voir en dépit de son caractère hautement prévisible. L'Allemagne, désormais classée quatrième pays au monde pour les dépenses militaires souhaite conforter la place de son industrie dans le paysage européen comme en témoigne le projet d'harmonisation des procédures d'approbation et de certification des licences d'exportation de produits de défense.
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| Source Le Figaro |
Au-delà de la vérification tardive des prédictions du blog complétement blindé sur le sujet, les positions exprimées dans l'article doivent faire comprendre aux derniers défenseurs du MGCS que celui-ci n'est qu'un "projet politique" comme le disait Ralf Ketzel en octobre 2023 et que le temps est venu de lancer un projet français.
Un projet "made in France"
Dans ce domaine, il convient de saluer le travail de Léo Peria Peigné, véritable lanceur d'alerte blindé qui a le mérite de tenter de rendre la vue aux plus aveugles partisans du MGCS. Sa récente audition par la Commission Affaires Étrangères/Défense du Sénat peut laisser espérer une sortie de crise prochaine. La Haute Assemblée était à l'origine d'un projet de Leclerc Mk3 qui fut retoqué ipso facto par le Ministre des Armées de l'époque devenu aujourd'hui Premier Ministre. Ce verrouillage ministériel n'avait à l'époque suscité aucun commentaire des différentes parties concernées encore et toujours accrochées au MGCS. Léo Péria Peigné dresse un tableau objectif de la situation française et ouvre la porte au développement d'un projet alternatif français. Pour être viable, celui-ci doit aboutir avant 2037, date annoncée (en l'absence de toute prolongation dont la France est coutumière pour ses matériels terrestres) du début du retrait des premiers Leclerc rénovés. Ces onze années doivent être mises à profit pour concevoir et produire un engin français. L'attitude allemande offre une opportunité unique à la BITD française de revenir sur le marché des chars. Pour assurer la viabilité économique de ce projet, il faut envisager le développement d'un châssis unique qui puisse être décliné en différentes versions, habitées et/ou téléopérées. Cette famille pourrait de type "AMX 13" avec un moteur situé à l'avant pour permettre la création d'une déclinaison VCI (Véhicule de Combat d'Infanterie) qui pourrait être armée du canon de 40mm CTA. Le besoin de l'armée de terre pour ce type d'engins pourrait rencontrer d'intéressantes perspectives d'exportation, sur un marché en pleine croissance et sur lequel aucune famille d'engins créée "ab initio" n'existe actuellement. L'adoption d'une architecture ouverte qui serait évidemment de mise, garantirait le potentiel d'évolution du futur engin et son adaptation aux différentes évolutions technologiques. Le développement d'un tel projet n'excluant évidemment pas le recours à une coopération avec des partenaires choisis et intéressés, pouvant ouvrir la voie à des transferts de technologies devenus aujourd'hui incontournables pour les exportations d'armement.
La position allemande qui se fait chaque jour plus précise et plus ferme confirme la chute prochaine du totem du MGCS et avec lui, celui de la coopération franco allemande dans le domaine des armements terrestres. Au-delà de la stupeur provoquée par les déclarations de notre partenaire, cet épisode nous fournit une occasion unique de prendre en main le futur de notre composante blindée mécanisée. Il est maintenant temps de sortir du carcan du MGCS pour réunir autour d'un projet fédérateur les différentes composantes de la BITD française et d'utiliser dès maintenant les briques technologiques existantes pour créer un engin français. Nous en avons les moyens, nous devons maintenant en avoir la volonté !



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