LE BOUT DU TUNNEL POUR LE CHAR DE TRANSITION ?

La présentation aujourd'hui en conseil des ministres de l'actualisation de la loi de Programmation Militaire ont mis en lumière un certain nombre de dispositions visant à renforcer les capacités des armées françaises dans plusieurs domaines. Bien que l'adoption d'un char de transition ne figure pas au catalogue des décisions annoncées, il est heureux de constater que le possible lancement d'un char de transition est néanmoins clairement évoqué par la ministre des Armées. Cette "capacité intermédiaire" dont le besoin est connu depuis de longues années par quelques observateurs et nié par une majorité vise selon Catherine Vautrin à "pallier le risque de rupture temporaire de capacité."

Cette décision qui aurait pu et du être prise dès 2023, met enfin en lumière les difficultés du programme franco-allemand MGCS (Main Ground Combat System) véritable arlésienne blindée "qui prend une dizaine d'années de retard" et auquel les Allemands ont ostensiblement tourné le dos depuis plusieurs mois. Le plan de Berlin se traduisant par le développement de plusieurs solutions intermédiaires comme le Leopard 3 de KNDS Deutschland ou le KF-51 de Rheinmetall, en attendant la concrétisation du projet commun en cours de développement par les deux industriels concernés. 

L'annonce de la ministre officialise (enfin) avec plusieurs années de retard, l'impossibilité de maintenir les Leclerc en service jusqu'à l'arrivée du MGCS, dont la mise en service n'a cessé de reculer depuis son lancement en 2017. Cette constatation va à l'encontre des orientations annoncées il y a quelques années, accompagnées de propos lénifiants et de silences sur le sujet, qui visaient à nous faire croire que "tout allait bien Madame la Marquise" et donnaient l'impression que de nombreux décideurs préféraient adopter la politique de l'autruche plutôt que d'affronter la réalité. Cette dernière étant constituée pour le char français par l'absence de toute évolution et par une rénovation a minima que la DGA s'était empressée de pérenniser par le biais d'une commande massive notifiée à KNDS France en début d'année dernière, complétée par des ajouts bienvenus, bien que ponctuels.  

Si cette décision constitue une évolution majeure de la doctrine française en matière de char, il est important de transformer l'essai dans les meilleurs délais, en précisant les pistes envisagées pour son développement. Si la provenance de la tourelle du futur engin ne constitue pas un sujet de débat, en raison de l'avance française dans le domaine tant en matière d'armement que de systèmes, celle du châssis reste encore incertaine. A côté de la possible adoption d'un châssis allemand, qui aurait le mérite de satisfaire les thuriféraires de la coopération franco-allemande, la conception d'un châssis made in France est également évoquée par la Ministre. Une telle orientation reviendrait donc à envisager le développement d'une solution 100% française qui donnerait à nos industriels toute latitude pour de futures exportations, hors de tout imprimatur étranger. Ce dernier point doit être au coeur des ambitions françaises, pour permettre à notre BITD de revenir sur un marché en pleine croissance et dont elle est absente depuis de trop longues années, mais aussi pour la rentabilité financière du projet. 

Pour ce faire, la future plateforme pourrait intégrer des technologies matures, éprouvées et disponibles pour constituer la base d'une famille d'engins susceptibles de répondre aux besoins de l'armée de terre. Face au besoin de massification et de réduction des couts, ce futur engin doit être doté d'une architecture ouverte pour lui permettre d'intégrer de futures évolutions, mais aussi d'être proposé "ab initio" en plusieurs versions. Cette variété de configurations permettrait par exemple de proposer des déclinaisons basique, intermédiaire et avancée, dont la différenciation serait basée sur l'intégration d'équipements et d'un armement de nature et niveau différents en termes de performances. Il serait vain d'aller plus avant dans la description précise des caractéristiques du futur engin, certains points devant faire consensus, particulièrement en matière de protection. 

Au vu des informations disponibles et du calendrier évoqué, il est évident que cette "capacité intermédiaire" cohabitera dans un premier temps avec les Leclerc encore en service au moment de son arrivée et ensuite avec le MGCS si celui-ci devait un jour arriver dans les unités. Cette double cohabitation rend donc quasi inévitable le développement d'une plateforme multimissions capable de répondre aux besoins des différentes composantes terrestres qui ne devraient pas bénéficier d'engins de remplacement avant de longues années, surtout si ces derniers sont déclinés à partir du MGCS. Cette plateforme pourrait ainsi prendre le relais des EBG vieillissants, constituer la base d'un obusier de 155mm, de nos futurs systèmes de défense antiaérienne ou d'un Véhicule de Combat d'Infanterie. 

En attendant la concrétisation des annonces ministérielles, la question du maintien en condition des 200 Leclerc en service reste  posée, et plus particulièrement celle de leur motorisation et de leur protection. Le lancement du projet de "capacité intermédiaire" serait-il synonyme dans l'esprit de certains d'un abandon programmé de toute évolution du Leclerc dont la fin de vie se résumerait à la poursuite de la rénovation et à l'intégration des viseurs PASEO, prévue à partir de 2028 ? La décision ministérielle suscite donc autant d'espoirs que de questions, dont la plus importante et la plus dimensionnante reste bien évidemment l'aspect financier du projet. Ce qui constitue aujourd'hui une équation quasi insoluble, ne peut trouver de solutions que dans une éventuelle coopération avec des utilisateurs Leclerc, mais surtout dans le potentiel d'exportation du futur engin. 

Blablachars qui, depuis de longues années rend compte des évolutions des différents projets, des réactions et des décisions prises dans le domaine des blindés attend avec impatience les premières réactions aux annonces ministérielles mais aussi et surtout les premières orientations concrètes sur le sujet. 

Commentaires

  1. Pendant ce temps-là, en plus des concurrents allemands, les pays européens financent aussi le projet MARTE:
    https://www.opex360.com/2026/03/23/le-projet-de-char-europeen-marte-va-entrer-dans-sa-phase-de-conception-et-darchitecture-selon-knds-deutschland/

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Derrière le Gauleiter allemand, il y a l'ami américain...
      https://www.marianne.net/monde/itar-comment-l-armement-allemand-truffe-de-composants-americains-contamine-la-defense-francaise

      Supprimer
  2. Enfin un peu de lucidité, espérons que cela aboutisse à un projet industriel efficace !!! La leçon à retenir c'est qu'il ne faut pas compter sur les allemands si ce n'est qu'ils veulent nous vassaliser .

    RépondreSupprimer
  3. Il faut un nouveau char à l'armée de terre française et prévoir le remplacement, ou une très complète modernisation du Leclerc (Provisoire, "de transition"... (Un peu comme l'Ariete C2 italien.)) ; et bien d'autres choses : Un VCI d'accompagnement, des engins du génie d'accompagnement, de l'antiaérien d'accompagnement rapproché, de l'artillerie d'accompagnement, etcetera, et même du soutien logistique d'accompagnement de l'avant, aussi voire surtout déjà : Là encore prévoir et concevoir un char seul (Qui plus est "de transition" ??!) ne résoudra rien.
    En prend t-on le chemin ? !!! Tous ceux qui s'intéressent un peu à ce sujet ici ont déjà répondu d'eux même.

    L'appellation char "de transition" est juste là pour nous rappeler qu'on attend le MGCS (Désespérément pour certains !!). (Encore une histoire de pure politique poéticienne et de partis pris malheureusement loin de tout pragmatisme, de toute raison, et de tout réalisme (Les allemands n'en ont rien à faire de tout cela, eux ce qu'ils veulent c'est vendre leurs chars.).)

    Ou alors des "solutions "intermédiaires"" comme le Leopard 3 de KNDS Deutschland ou le KF-51 de Rheinmetall... Tout est dit.

    On est, toujours, dans la politique de l'autruche, on a juste rajouté quelques formules et quelques déclarations déclaratoires de plus, aucune décision concrète "rassurez vous", pas. "Dites qu'on va envisager un char "de transition", cela les fera bien patienter quelques années de plus", en attendant.

    Où on en revient toujours aux même leurres en définitive, "E"-MBT avec châssis allemands (Lequel, léopard2 ou KF51 ? !), ou un véritable châssis français. ce qui en l'occurrence constituerait une véritable révolution et à une totale volte face politique de tout ce qu'ils font et ont fait depuis dix ans. (Ou encore une annonce, de diversion encore. Histoire de gagner encore un peu de temps.). ce qui ne se fera pas du jour au lendemain et sans de très sérieuse préparation, et engagements.

    Surtout quand on vois leurs dernières annonces" en matière de LPM ! : Aucun Rafale supplémentaires, aucune frégates supplémentaires, aucun char supplémentaire (Evidemment, rajouterons d'autant plus certains.), on ne peut qu'être très circonspect, face à toutes (!!) ces annonces et ce brusque revirement, apparent (Attendons les actes, et les décisions, véritables ; et pas seulement les effets d'annonce (A moins d'un an en plus...)...).

    Ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué ni ne nous emballons pas trop vite aussi, il vaudra sans doute encore beaucoup de temps pour qu'ils bougent véritablement (A moins d'un vrai changement Politique, c'est à dire, de Politique..)

    Mais certes il faudra bien qu'on s'y mette aussi un jour si on ne veut pas finir complétement déclassés en matière d'armements et d'équipement militaires terrestres, de nos propres armées.

    D'autant que cela pourrait aller assez vite, une fois les vraies décisions réellement prises. ((Aucune urgence surtout les gars...)
    Ou pour faire un peu de prospective rapide : Une première plateforme VCI (Moteur(s) à l'avant évidemment.), ce qui nous manque le plus actuellement même un VCI (Chenillé...) d'accompagnement du Leclerc, concomitamment à une vraie rénovation de ce dernier en attendant, quelques années (D'autant qu'on a déjà presque la tourelle.), un châssis commun, et tous le reste, moyens de mobilité du génie, antiaériens d'accompagnement, commandement, etcetera.
    Un châssis simple et employable surtout (Pas si compliqué à faire au delà de la motorisation.), donc moins cher et plus facilement constructible rapidement et en nombre suffisant, aussi...
    Tout ça disons, à l'orée 2037 par exemple ; si on le décide réellement, en 2027...

    Bref, un char de transition (??), c'est un peu court, mais c'est déjà un "bouger", comme dirait l'autre.
    (A croire que les esprits commencent un peu quand même à bouger aussi, au bout de quatre ans !!)

    RépondreSupprimer
  4. L'AdT est à roues (VBCI, Griffons, etc): faire monter un prorata de cet existant vers une classe supérieure dans la dimension [franchissement], c'est-à-dire proratiser cette cohorte de véhicules vers du semi-chenillé est plus pragmatique qu'êspérer vers du "révolutionnaire" ex-nihilo, à l'aune des capacités budgétaires qui continuent à se dégrader et dela guerre des "sanctuaires budgétaires" qui s'enfle. Il faut savoir prendre "sa paume", dirais-je, sous peine d'entrainer le reste dans un scnario d'écroulement généralisé par mimétisme de l'hubris refusant le constater.

    Le chassis? Les Russes et ceux qui ne les ont pas cru, car n'ayant pas pris en compte que lesdits Russes n'avaient pas démonté leur usines de construction de tanks (très utile aux temps de paix infinis qui s'annonçaient, donc), ont gagné, eux. Pifométriquement et au doigt levé, je dirais:
    - créer une communauté des "sans chassis de tank propriétaire" au sein de l'OTAN,
    - mettre en "open source" le chassis 3D du Leclerc à créer avec une license d'utilisation\exploitation dudit projet de chassis "full open GNU: aucune restriction".
    Une fois la communauté verrouillée (grâce à une responsabilisation idéalement, donc avec un engagement (sinon, ça ne sera qu'un nouveau commité "Téodule") (mais sous quelle forme? Un nombre d'utilisation futures avec le produit tel qu'il est (d'où une bonne tenu du projet), dans un temps à échoir (en utilisant un point-mort de la communauté en utilisant un autre point mort de référence extérieur mais concurrent au projet?), sous peine d'une pénalité proratis temporis de non utilisation par un\des membres de la communauté) un règle de fonctionnement (Mais quelle règle? Idée: Partant de rien, mais avec des BITD mutualisées via la communauté des "sans chassis propriétaire", et un potentiel guidant (le Leclerc virtualisé par numérisation), chacun des participants a le droit d'ajouter (partant de rien originellement, donc), une pièce à souder\boulonner\visser (inspirée du LeClerc originel à réinventer, donc)). Le but? Réiférer un nouveau tank, partant d'un constaté à faire évoluer. Charge et solution à cette communauté de s'accorder sur le modèle du chassis du Leclerc originel à réinventer, pour sied à tout un chacun des dits confères. Un minimum commun devrait probablement donner lieu à une réification d'un nouveau chassis européen permettant (à tout un chacun des communautarisés) d'y ajouter son adaptateur devant sa solution personnelle\souveraine (chenilles, moteur, canon, optronique, que sais-je?). Ceci n'est qu'une cogitation personnelle. > Ahmo & s.o.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire