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vendredi 13 novembre 2020

UN PETIT DESSIN VAUT MIEUX QU'UN LONG DISCOURS, N°3

C'est avec l'armée turque que blablachars poursuit la série entamée avec le Royaume-Uni et la Russie. Les différents et nombreux engagements de l'armée turque ces derniers mois nous donnent l'occasion d'apporter un éclairage visuel sur les moyens de combat en les mettant en regard des moyens de l'armée de terre. Les planches consacrées à ces deux armées mettent en lumière des différences mais aussi des similitudes entre les équipements de nos deux pays. Pour la clarté du propos, blablachars a choisi de présenter côté turc les équipements les plus emblématiques en service, à l'exclusion des différentes versions de l'engin présenté. 

Pour l'armée de terre, pas de changement visuel depuis notre dernière comparaison. Le VBL Ultima devrait commencer à rejoindre les régiments avant la fin de l'année à hauteur de 50 exemplaires. Cet engin se distingue de son prédécesseur par sa motorisation dont la puissance passe de 95 à 130cv avec un nouveau moteur PSA DW10F associé à une boite de vitesses automatique fournie par Mercedes. Le PTAC de cette nouvelle version est porté à 5,2 tonnes pour une capacité d'emport de 1,3 tonnes. le circuit de freinage et la suspension ont été retravaillés pour être adaptés aux nouvelles caractéristiques du VBL Ultima. Les autres engins de la planche poursuivent leur développement (Serval), leur prise en main par les utilisateurs (Griffon), leur livraison prochaine (Jaguar) ou tout simplement leur revalorisation (Leclerc). Le VBCI continue d’œuvrer partout où l'infanterie française est engagée, une potentielle revalorisation pourrait donner à cet engin un armement à la hauteur de sa mission.


Dernier point à signaler concernant les engins français, ils sont tous produits par des sociétés françaises ; il n'est pas certain que ce label "Made in France" puisse encore perdurer au-delà de cette génération de matériels, le projet Titan étant largement basé sur des engins développés en coopération, dont la plus emblématique est le Main Ground Combat System (MGCS) franco-allemand. 

Côté turc, l'heure n'est pas à la coopération mais plutôt à la recherche de l'autonomie stratégique dans le domaine des équipements et de leur fabrication. Le développement d'une industrie de défense nationale est une priorité pour Ankara qui y consacre un budget annuel de 18 milliards de dollars, pour un chiffre d'affaires supérieur à 6 milliards de dollars. Même si les premiers succès à l'exportation ont été enregistrés, l'industrie de défense turque multiplie ses efforts pour développer les capacités fournies par les pays européens avant le durcissement des relations entre Ankara et les capitales occidentales. C'est le cas du char Altay dont les exemplaire de série auraient du recevoir un moteur MTU allemand.En attendant de pouvoir produire son char national, l'industrie de défense turque et plus particulièrement Aselsan ont développé de solutions de modernisation des chars en service, M60 et Leopards 2. Les enseignements tirés des engagements turcs en Syrie ont permis de faire évoluer le char allemand en le dotant d'équipement nationaux. Ces chars continuent de constituer l'ossature des unités blindées en attendant l'arrivée de l'Altay.  Dans le domaine des VCI, la question de la motorisation est moins sensible que pour l'Altay avec des engins comme le Pars ou le Tulpar propulsés par des moteurs allemands, à savoir Deutz et Scania (appartient au groupe WV). Question tourelle, les industriels turcs produisent des tourelles téléopérées comme la tourelle Mizrak qui équipe le Tulpar, armée d'un canon de 30mm (probablement américain) et de missiles antichars turcs UMTAS d'une portée de six km. L'ACV 15 et ses déclinaisons est équipé de différentes armes dont le canon M811 de 25mm produit par Giat Industries. Le PARS produit par FNSS et présenté en version 8x8 équipe également le Sultanat d'Oman. Il peut recevoir une tourelle Saber de 25mm ou une tourelle téléopérée (Claw/Pence) de 30mm également produite par FNSS. Le Pars est une véritable plateforme déclinée en version 8x8, 6x6 et 4x4. Outre ces véhicules, FNSS développe et produit le Marine Assault Vehicle qui devrait entrer en service dans les prochains mois. Sans équivalent dans notre armée, il ne figure pas sur la planche ci-dessous. . Dans le domaine des MRAP, le Kirpi est basé sur le MRAP israélien Hatehof Navigator mais comme le Vuran est développé et produit par BMC pour les besoins de l'armée turque. A noter que la Turquie ne développe pas et n'utilise pas d'engin de reconnaissance spécifique, cette mission sera confiée à des matériels différents (Cobra, Vuran, Pars, ...) en fonction de la situation et de l'environnement tactique.

Les matériels turcs font l'objet d'un vaste programme de renouvellement et de modernisation, visant à remplacer par des matériels nationaux, les équipements fournis par des sociétés étrangères. En se basant sur ses nombreux engagements, la Turquie fait le choix de conserver une capacité blindée mécanisée pouvant être engagée dans des opérations de contre-insurrection et une capacité plus légère pouvant être projetée comme on a pu le voir en Libye avec les MRAP. 


Au final, l'armée turque utilise comme l'armée française des engins de conception nationale, mais à la différence de la France, l'industrie de défense turque possède encore quelques lacunes qu'elle devrait rapidement combler pour parvenir à un niveau d'autonomie satisfaisant pour le pouvoir turc qui a fait de cet objectif une véritable cause nationale.

15 commentaires:

  1. La principale arme de la Turquie, c'est sa position géographique dans l'encerclement de la Russie:
    https://www.meta-defense.fr/2020/03/06/les-etats-unis-font-pression-sur-les-europeens-pour-un-soutien-a-la-turquie/

    http://lalettrevolee.net/article-3464443/

    Et le suivisme beuglant de cette politique par les ploutocrates des pays européens:
    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/defense-si-si-l-europe-finance-la-recherche-des-groupes-concurrents-aux-europeens-834460.html

    Les dirigeants français ont l'air de vouloir détruire le peu qu'il reste de la BITD française, la Turquie a fait un autre choix:
    https://journals.openedition.org/poldev/2456

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    1. Une histoire qui sent fortement le gaz naturel ou de schiste:
      https://www.courrierinternational.com/article/concurrence-dans-les-balkans-la-guerre-des-gazoducs-commence

      https://theatrum-belli.com/le-gaz-naturel-un-des-causes-de-lagressivite-turque-en-mediterranee/

      Les investisseurs marchent sur des oeufs:
      https://www.intelligenceonline.fr/grands-contrats/2021/05/11/compose-de-maitres-espions-egyptiens-east-gas-s-impose-dans-les-contrats-gaziers-du-pays,109664562-ar1

      https://www.intelligenceonline.fr/grands-contrats/2021/03/30/promu-par-tel-aviv-le-gazoduc-eastmed-prend-l-eau,109653627-ar1

      Le bras de fer sino-américain y trouve comme ailleurs un terrain de jeu:
      https://theconversation.com/le-caucase-chainon-majeur-du-projet-chinois-des-routes-de-la-soie-151783

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  2. Il y a de nombreuses armées qui dépassent l'armée de terre française aujourd'hui.
    Ne serait ce en Europe occidentale, voir les armées de terre italienne, polonaise, et évidemment britannique et allemande, quoi qu'en dise.
    L'armée de terre française ayant longtemps été la dernière roue du carrosse pour nos industriels (puisque ce sont eux qui sont devenus les essentiels décideurs en matière d'équipement de nos armées).

    Vous auriez encore plus enfoncer le clou, en évoquant les quantités d'équipements, modernes, respectifs. 330 Léopard II par exemple (contre 200 Leclerc), pour ne citer qu'un segment, le reste étant largement même, à l'avenant.

    Ronin.

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    1. Honnêtement, les armées européennes sont plutôt comparable en nombre de plateforme. La British Army a 227 Challenger 2 et l'armée de terre italienne a 200 Ariete, face à 222 Leclerc pour l'AdT. Enfin dans le nombre de plateforme, on reste sur du comparable avec 625 VBCI face à 400 Boxer pour la Bundeswehr.

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    2. Ces armées de terre ont surtout l'avantage d'être plus complètes, avec beaucoup moins de trous dans la raquette. Notamment en moyens d'artillerie, y compris en automoteurs (à grande cadence de tir), de lance roquette, et même antiaérienne, du génie (moyen de franchissement et de pontage notamment), et, évidemment, de vrais VCI blindés chenillés par exemple. Ces derniers ayant l'avantage à poids égal d'être beaucoup mieux blindé, ou à blindage égal d'être beaucoup plus léger (contrairement à la légende entretenue en France), qui plus est plus encore avec des chenilles souples.
      Je vous invite donc également à voir l'ensemble des chiffres d'équipements de ces différentes armées, et pas uniquement quelques uns particulièrement choisis. Voire même la cohérence d'ensemble de ces différentes armées ouest européennes.
      Ronin.

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    3. Je les ai vu ces listes d’équipement mais je reste dubitatif qu'elles soient supérieures pour autant, la plupart de ces armées ont à peu près les mêmes problèmes et les mêmes capacités que la France (en plus j'ai des doutes sur les capacités britanniques dans de nombreux domaines évoqués, surtout l'AS90). Et mis à part le cas des VCI, il n'y pas de grandes différences niveau capacité (pour les automoteurs, on peut discuter pendant des jours de roue vs chenille même si je pense le débat peu pertinent puisque les deux sont complémentaires).

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    4. Entièrement d'accord, avec votre dernière phrase, les deux (chenille et roue) sont bien extrêmement même complémentaires.
      Ronin.

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  3. La Turquie a fait le choix de créer une industrie nationale en matière d'armement à rebours du mantra ultralibéral dominant:
    https://ehko.info/lindustrie-de-larmement-de-la-turquie-peut-elle-concurrencer-la-france/

    Évidemment, c'est une politique plus globale que ce seul secteur:
    https://www.iris-france.org/151655-quand-la-turquie-seme-en-afrique

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    1. En soit la Turquie n'est pas la seule, on peut aussi citer la Corée du Sud par exemple.

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    2. La Turquie, Israel et la Corée du Sud font partie des pays dont l'industrie de défense est capable de fournir la totalité des composantes d'une force interarmes !

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    3. J'ai cité la Corée du Sud parce que la montée de la BITD est à peu près similaire en temps et en intensité que la Turquie.

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    4. @ Passager
      J'ai déjà lu vos interventions, toujours avec intérêt.

      Au niveau de la société sud-coréenne, on voit certains point commun avec les pays dits "développés":
      https://www.rfi.fr/fr/podcasts/20201115-service-militaire-en-corée-sud-vers-une-réforme-système

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    5. Turquie, Corée du sud, outre leur base industrielle et technologique de défense montante, alors que la notre est plutôt descendante à force d'être éparpillée en plus, dont les armées de terre sont largement mieux pourvues que la notre. Ceci que ce soit numériquement mais également maintenant qualitativement, car également beaucoup plus cohérentes.
      Ce qui nous situe d'ailleurs, si nous avons encore une armée de l'air au 6 ou 7e rang, une marine conventionnelle plutôt au 7e ou 8e, avec une armée de terre reléguée elle en réalité au 13e, 14e rang des puissances mondiales. Bon ça suffit pour intervenir en Afrique subsaharienne, mais pour tout le reste... Attention donc au décalage, d'une part, et au déséquilibre de plus en plus marqué, d'autre part.
      Ronin.

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    6. La Corée du Sud combine une BITD impressionnante par sa qualité et sa diversité avec une agressivité (dans le bon sens du terme) commerciale qui devrait lui permettre assez vite de devenir un des leaders mondiaux de l'armement et conquérir des marchés hors de zone d'influence traditionnelle, l'Asie. Cela a commencé en Europe avec le K9.

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  4. L'Ukraine et la Turquie ont l'air de bien s'entendre dernièrement:
    https://www.meta-defense.fr/2020/11/30/lukraine-et-la-turquie-avancent-dans-leur-collaboration-industrielle-defense/

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